Alors que le discours sur la transformation du Canada en « superpuissance énergétique » prend de l’ampleur dans toutes les sphères politiques et économiques, une voix lucide s’élève pour exposer le paradoxe central de cette ambition. Dans un texte d’opinion publié dans le Financial Post le 31 juillet 2025, Gina Pappano démonte cette illusion avec rigueur : si le Canada n’est pas déjà une superpuissance énergétique, ce n’est pas faute de ressources, mais à cause des politiques de décarbonation imposées par l’idéologie du net zéro.
L’abondance canadienne étouffée par la doctrine
« Le Canada est-il une superpuissance énergétique? Bien sûr que oui — ou du moins, il le serait, si on cessait de l’en empêcher », résume en substance Pappano. L’auteure rappelle que le pays possède les troisièmes plus grandes réserves de pétrole au monde, les cinquièmes de gaz naturel, les plus importantes de l’uranium, sans parler du cuivre, du nickel, du potasse, des terres rares et autres minéraux critiques. Le sol canadien regorge d’une richesse stratégique inestimable, et le pays possède déjà une expertise et une infrastructure de production énergétique à l’échelle mondiale.
Pourtant, malgré cette abondance et la stabilité de ses institutions, le Canada freine lui-même sa propre puissance. Pourquoi? La réponse est simple, écrit Pappano : le net zéro est notre kryptonite.
L’automutilation par la finance verte
Selon Gina Pappano, la doctrine du net zéro — objectif d’éliminer les émissions nettes de carbone d’ici 2050 — est devenue le dogme dominant des gouvernements, des institutions financières, des caisses de retraite et des grandes entreprises. Ce consensus a pour effet de restreindre les investissements dans les hydrocarbures, voire de forcer des désinvestissements, sans égard aux besoins énergétiques réels de l’économie ou à la souveraineté nationale.
Résultat : les capitaux nécessaires à la croissance du secteur énergétique canadien sont étranglés. Les projets sont bloqués, les autorisations se multiplient, les incitatifs financiers sont détournés vers des filières électorales à la mode, et l’appareil productif du pays est paralysé par des politiques qui refusent d’assumer notre rôle de producteur d’énergie pour le monde.
Une stratégie perdante pour la planète elle-même
L’ironie, selon Pappano, c’est que cette approche n’aide même pas l’environnement. Le monde est affamé d’énergie — une réalité que ni les souhaits politiques ni les cibles symboliques ne peuvent effacer. Retirer le Canada du jeu énergétique mondial ne ferait que transférer cette demande vers des producteurs moins responsables, tant sur le plan environnemental que des droits humains.
Le Canada, affirme-t-elle, a une occasion unique de se positionner comme un fournisseur fiable et propre d’hydrocarbures dans un monde instable. Il pourrait contribuer à la sécurité énergétique mondiale tout en respectant des standards élevés — mais uniquement si l’on cesse de s’auto-saboter.
L’unanimisme hypocrite du discours « superpuissance »
Gina Pappano souligne enfin le ridicule de la situation actuelle : de Mark Carney à Danielle Smith, de Pierre Poilievre à Chrystia Freeland, du Toronto Star aux PDG des grandes banques, tous parlent du Canada comme d’une future superpuissance énergétique. Pourtant, personne ne semble prêt à remettre en question le véritable obstacle : les politiques de transition imposées par l’idéologie du net zéro.
Pour que le slogan devienne réalité, il faudra cesser d’y opposer la pratique. Cela commence par admettre que le net zéro, tel qu’il est actuellement conçu, n’est pas un plan pragmatique pour l’environnement, mais une camisole idéologique qui empêche le Canada d’exploiter ses forces naturelles et stratégiques.
Le Canada ne deviendra pas une superpuissance énergétique en récitant des slogans ou en multipliant les sommets climatiques. Il faudra d’abord assumer notre position géopolitique et réformer en profondeur les politiques qui nous empêchent de produire. C’est à ce prix que nous pourrons redevenir un acteur respecté dans l’ordre énergétique mondial — et non une puissance déclinante prisonnière de ses propres contradictions.



