Le cancer diagnostiqué aux urgences : une nouvelle normalité au Canada

Sharon Kirkey, dans le National Post, met en lumière une réalité inquiétante : de plus en plus de Canadiens apprennent aux urgences qu’ils pourraient être atteints d’un cancer, sans savoir quand ni comment ils auront accès aux examens ou aux traitements nécessaires. Cette pratique, qui tend à se banaliser, est le reflet d’un système de santé débordé et fragmenté.

L’étude citée par Kirkey, publiée dans BMJ Open, repose sur les témoignages de vingt médecins d’urgence provenant des six régions sanitaires de l’Ontario. Elle révèle que les services d’urgence deviennent souvent le premier point de diagnostic du cancer au pays. Or, une fois le diagnostic présumé posé, les patients quittent l’hôpital sans certitude quant aux délais de suivi : examens d’imagerie, biopsies ou rendez-vous en oncologie.

La Dre Keerat Grewal, médecin d’urgence au Mount Sinai Hospital de Toronto et auteure principale de l’étude, explique que l’engorgement du système pousse de nombreux patients vers les urgences. « Ils ne peuvent pas obtenir de rendez-vous à temps avec un médecin de famille ou un spécialiste, alors ils viennent chez nous », résume-t-elle. Cette situation est exacerbée par le fait qu’un Canadien sur cinq n’a pas de médecin de famille attitré.

Les médecins interrogés décrivent des parcours de soins « fragmentés, frustrants et incohérents ». Plusieurs évoquent des lettres de référence envoyées par télécopieur qui se perdent, des refus de spécialistes et une absence de suivi pour des patients qui risquent littéralement d’« être oubliés dans le système ». Comme le souligne Kirkey, la recherche a déjà démontré que les patients dont le cancer est diagnostiqué aux urgences présentent des taux de mortalité plus élevés, notamment en raison de stades plus avancés au moment du diagnostic.

Un médecin interrogé déplore que les urgences deviennent le « fourre-tout » du système de santé : « Tout ce dont on ne sait pas quoi faire finit chez nous, et nous devons annoncer des nouvelles dévastatrices à des gens, souvent dans un couloir, sans temps ni intimité. »

Le contraste est frappant : certains types de cancer, comme celui du poumon, disposent en Ontario de cliniques de référence rapide qui permettent un accès accéléré aux spécialistes et aux examens. Mais ces modèles sont loin d’être généralisés. Selon Grewal, des solutions existent, notamment la mise en place de processus normalisés pour orienter rapidement les patients vers les soins appropriés, mais elles nécessitent une volonté systémique.

Pour les patients, le choc est immense. « Leur dire que c’est probablement un cancer et qu’on ne sait pas quand ils seront vus par un spécialiste, c’est un véritable coup de massue », résume un médecin cité par Kirkey. Dans un contexte de couloirs bondés, de bruits incessants et de dizaines de patients en attente, recevoir une telle nouvelle devient une expérience traumatisante.

Cette étude illustre ainsi les failles d’un système qui peine à absorber la demande, au détriment de ceux qui, confrontés à un diagnostic de cancer, ont besoin d’un accès rapide et coordonné aux soins.

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