Le marché du travail canadien a de nouveau reculé en août, portant le taux de chômage à 7,1 %, son plus haut niveau depuis mai 2016 en excluant les années marquées par la pandémie. Selon Statistique Canada, cité par La Presse Canadienne (Craig Wong), l’économie a perdu 66 000 emplois en un mois, après un recul de 41 000 en juillet. Cette dégradation s’explique surtout par l’effondrement du travail à temps partiel (-60 000), mais aussi par la disparition de 6000 postes à temps plein.
Les secteurs les plus touchés
Comme le rapportent La Presse Canadienne et Hélène Baril de La Presse, les pertes se concentrent dans des secteurs stratégiques :
- services professionnels, scientifiques et techniques (-26 000),
- transport et entreposage (-23 000),
- fabrication (-19 000).
À l’inverse, la construction a créé 17 000 emplois, atténuant partiellement les pertes.
Baril souligne que l’Ontario est particulièrement frappé, avec 26 000 emplois disparus en août et 66 000 depuis le début de l’année, en grande partie dans le secteur automobile, très exposé aux droits de douane américains imposés par l’administration Trump.
Portrait provincial et régional
La détérioration du marché du travail n’est pas uniforme. Statistique Canada relève que l’Ontario, la Colombie-Britannique (-16 000) et l’Alberta (-14 000) sont les provinces les plus affectées.
Au Québec, le bilan est plus nuancé. Comme l’indiquent l’Agence QMI et La Presse Canadienne, la province a ajouté 7500 emplois en août, mais le nombre de chercheurs d’emploi a augmenté de 24 000, ce qui a poussé le taux de chômage à 6 %, en hausse de 0,5 point. Le ministre québécois des Finances, Eric Girard, s’est toutefois dit encouragé sur X par la tendance globale, rappelant que la création d’emplois y surpasse celle du reste du pays sur un an.
Les données régionales dressent un tableau contrasté. QMI rapporte que Windsor enregistre le taux de chômage le plus élevé du pays (11 %), suivi par Oshawa (9 %) et Toronto (8,9 %). À Montréal, il atteint 6,8 %, tandis qu’à Québec, il demeure parmi les plus bas au pays (4,4 %).
Une tendance nord-américaine
Le ralentissement n’épargne pas les États-Unis. Comme le rappellent La Presse et La Presse Canadienne, les employeurs américains n’ont créé que 22 000 emplois en août. Le Bureau of Labor Statistics y a noté une remontée du chômage de 4,2 % à 4,3 %, aggravée par la perte de 100 000 postes manufacturiers entre juillet 2024 et juillet 2025.
Ces difficultés, accentuées par la guerre tarifaire menée par Donald Trump, affectent particulièrement les États industriels comme le Michigan, l’Iowa et l’Ohio, où le chômage a bondi de 0,7 % en un an.
Perspectives économiques
L’augmentation du chômage canadien était en partie anticipée. Selon un sondage de LSEG Data & Analytics, relayé par La Presse Canadienne, les économistes prévoyaient une hausse modérée de 10 000 emplois en août et un taux de chômage à 7 %. La chute constatée dépasse donc les prévisions.
L’économiste Leslie Preston (Banque TD), citée par Craig Wong (La Presse Canadienne), note que le chômage a progressé d’un demi-point depuis janvier, mais qu’il aurait pu être plus élevé sans le ralentissement de la croissance de la population active. Elle anticipe deux baisses supplémentaires du taux directeur cette année, après celle que les marchés attendent dès le 17 septembre, en réaction au rapport sur l’inflation prévu le 16.
Enfin, malgré la montée du chômage, les salaires continuent d’augmenter : +3,2 % en août sur un an, après +3,3 % en juillet, rapporte Statistique Canada.
Un signal d’alarme pour Ottawa
Ce sommet de chômage en neuf ans envoie un message clair au gouvernement fédéral et à la Banque du Canada. D’un côté, l’emploi recule dans les secteurs exposés aux tensions commerciales et aux politiques protectionnistes américaines. De l’autre, la hausse des salaires et la résilience de certaines provinces comme le Québec laissent entrevoir une situation moins catastrophique qu’annoncé.
Reste que, comme le rappelle Hélène Baril dans La Presse, l’économie nord-américaine entre dans une zone d’incertitude, où les tensions tarifaires et la perte de compétitivité industrielle risquent de peser encore longtemps sur l’emploi.



