Le coquelicot n’a rien de politique : bannir ce symbole du souvenir dans les tribunaux est une honte

Jamie Sarkonak, dans le National Post, explique que le coquelicot, symbole de mémoire et de reconnaissance envers les soldats tombés au combat, est censé transcender les querelles partisanes. Or, certains juges au pays ont choisi d’en faire un objet de discorde politique.

En Nouvelle-Écosse et en Saskatchewan, les tribunaux interdisent désormais à leurs employés et parfois même aux procureurs de porter le coquelicot dans les salles d’audience. En Nouvelle-Écosse, le porte-parole Andrew Preeper affirme que « tous les juges et le personnel doivent s’abstenir de porter tout symbole de soutien », le coquelicot étant considéré comme tel. Il précise que les membres du personnel souhaitant en arborer un doivent obtenir la permission du juge présidant, ce qui revient à une censure symbolique.

En Saskatchewan, une procureure de la Cour du Banc du Roi s’est vu interdire le port du coquelicot sous prétexte qu’autoriser cet emblème « ouvrirait la porte à d’autres accessoires sur les toges ». Christeen Shire, porte-parole des tribunaux, n’a pas voulu confirmer si les juges ou avocats étaient soumis à une interdiction formelle, invoquant simplement les règles vestimentaires strictes qui régissent les cours supérieures.

Jamie Sarkonak souligne que le Conseil canadien de la magistrature, dont les lignes directrices sont invoquées pour justifier ces interdictions, ne mentionne pourtant pas explicitement le coquelicot. Ces normes de neutralité visent à éviter les signes d’appui politique, religieux ou idéologique, mais rien ne permet d’assimiler le coquelicot à une telle prise de position.

À l’inverse, plusieurs provinces autorisent librement ce symbole. À l’Île-du-Prince-Édouard, au Nouveau-Brunswick, au Manitoba, au Québec et dans certaines cours de l’Ontario, aucun règlement ne restreint le port du coquelicot. En Alberta, l’ancien juge de la Cour suprême Russell Brown rappelle même que « la plupart des juges portaient le coquelicot sur leur toge » et qu’il ne voit pas « pourquoi une cour canadienne voudrait interdire cela ».

Cette divergence place les premiers ministres provinciaux dans une situation délicate. En Saskatchewan, Scott Moe avait déjà légiféré en 2023 pour garantir le droit des travailleurs à porter le coquelicot, mais cette initiative semble avoir échoué à influencer les tribunaux. En Nouvelle-Écosse, Tim Houston envisage lui aussi une loi, sans qu’on sache jusqu’où il ira pour défendre ce symbole national.

L’ironie, note Sarkonak, est que plusieurs cours encouragent des gestes autrement plus politisés : certaines invitent les avocats à se présenter avec leurs pronoms, utilisent la mention « Mx. », ou encore pratiquent des déclarations territoriales sur la souveraineté canadienne. Ces pratiques, souvent associées à un courant progressiste contemporain, contrastent vivement avec la réticence à tolérer un symbole historique de mémoire collective.

Pour la journaliste, il est incompréhensible que les tribunaux, censés être les gardiens du discernement moral, choisissent de censurer un emblème de respect envers ceux qui ont donné leur vie pour le pays. Si la justice canadienne échoue à reconnaître la portée apolitique du coquelicot, écrit-elle en substance, comment peut-elle prétendre inspirer confiance dans ses jugements sur des questions plus fondamentales ?

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