Le « cosplay canadien » des voyageurs américains irrite de plus en plus

Au cœur des voyages internationaux, un petit drapeau rouge et blanc provoque aujourd’hui une grande controverse. La feuille d’érable, fièrement cousue depuis des décennies sur les sacs des Canadiens pour signaler leur identité et se distinguer des Américains, est désormais détournée par certains touristes des États-Unis. Vivian Song, auteure pour CNN, explique que cette pratique, appelée « flag jacking », attise la colère des Canadiens qui y voient une usurpation d’identité nationale.

L’auteure raconte l’histoire de Chelsea Metzger, une Américaine de l’État de New York, en vacances en République dominicaine. Tout a commencé dans un bar franco-canadien d’El Pueblito, où son cri d’encouragement pour l’équipe américaine de hockey a déclenché une dispute avec un couple de Canadiens. Plus tard, un chauffeur de taxi local, croyant d’abord avoir affaire à des Canadiens, a brusquement refusé de la prendre lorsqu’elle a révélé sa véritable nationalité. Dès lors, par prudence et pour éviter des réactions hostiles, Metzger a commencé à se présenter comme canadienne.

Vivian Song rappelle que ce n’est pas un phénomène nouveau. Dans les années 2000, déjà, au moment de l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, plusieurs jeunes Américains cachaient leur nationalité en affichant le drapeau canadien sur leurs sacs. La culture populaire en a même fait écho, notamment dans un épisode des Simpsons de 2005 où Lisa coud une feuille d’érable sur son sac pour mieux voyager en Europe.

Tod Maffin, ancien animateur de radio publique et commentateur culturel, cité par Vivian Song, s’élève aujourd’hui contre ce « cosplay canadien ». Dans une vidéo virale, il raille ces Américains qui traitent le drapeau comme une cape d’invisibilité. « Se dire Canadien n’est pas une mesure de sécurité, c’est une performance », affirme-t-il, rappelant que cette appropriation risque d’abîmer l’image internationale du pays.

Le contexte politique vient amplifier les tensions. Vivian Song souligne que la présidence de Donald Trump a ranimé l’antagonisme entre les deux pays : guerres de tarifs, menaces d’annexion, insultes envers l’ex-premier ministre Justin Trudeau. Robert Schertzer, professeur de science politique à l’Université de Toronto, explique que les menaces extérieures stimulent le nationalisme, un réflexe collectif qui prend souvent une teinte antiaméricaine.

Cette effervescence nationale se traduit par des boycotts de produits américains, par le refus de voyager aux États-Unis et même par des huées de l’hymne américain lors d’événements sportifs. Dans ce climat, voir des Américains se réclamer du Canada est vécu comme une offense. Les Canadiens dénoncent le flag jacking comme un vol culturel, une moquerie envers leur drapeau et un abus de la confiance mondiale que suscite leur pays.

Vivian Song rapporte que certains rappellent le capital de sympathie historique du Canada, notamment en Europe, où le rôle du pays durant la libération des Pays-Bas est encore célébré. Laisser des Américains se réfugier derrière cette réputation est perçu comme une trahison.

Comme le résume Tod Maffin, cité par CNN : « Le Canada n’est pas une boutique de costumes. Nous ne sommes pas un déguisement que vous pouvez enfiler pour détourner l’attention du fait que vous êtes Américain. »

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