La scène politique québécoise a été secouée par l’annonce du départ d’Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et députée caquiste de Chicoutimi. Elle a décidé de quitter la Coalition Avenir Québec pour se lancer dans la course à la mairie de Saguenay, prévue le 2 novembre prochain. Officiellement, elle explique vouloir « redonner à sa ville ce qu’elle mérite » et répondre aux appels d’élus locaux, d’organismes et de citoyens qui l’ont pressée d’y aller.
Mais derrière cette décision personnelle se cache un geste hautement symbolique. Il rappelle les retraits successifs de députés libéraux fédéraux à l’époque où Justin Trudeau peinait à maintenir son autorité. Plusieurs élus avaient préféré se mettre en retrait plutôt que d’affronter une défaite quasi inévitable, accélérant la chute du gouvernement. De la même façon, Andrée Laforest quitte un parti qui semble avoir perdu l’élan qui l’avait porté au pouvoir.
Un siège vulnérable pour la CAQ
Son départ déclenchera une élection partielle dans Chicoutimi, une circonscription historiquement volatile. Or, le timing ne pouvait être pire pour la CAQ : en pleine tempête de popularité, elle risque fort de perdre ce bastion régional. Le Parti québécois, déjà fort de six élus et porté par une montée fulgurante dans les sondages, pourrait saisir l’occasion pour faire élire un septième député.
Cette éventualité donnerait encore plus de poids au PQ de Paul St-Pierre Plamondon, qui s’impose désormais comme le principal rival nationaliste de la CAQ. Une victoire à Chicoutimi transformerait une élection municipale devenue tremplin pour Laforest en revers provincial cinglant pour François Legault.
La comparaison avec le gouvernement Trudeau est frappante. À Ottawa, l’hémorragie de départs a fini par mener à la démission de Trudeau, mais les libéraux ont trouvé dans Mark Carney une figure capable de relancer la machine et d’apaiser les doutes. Ce « miracle Carney » a momentanément sauvé un parti en déroute.
À Québec, aucun sauveur de cette trempe ne semble émerger pour la CAQ. François Legault, fragilisé, ne dispose pas d’une personnalité charismatique capable de redonner souffle à sa formation. Le départ d’Andrée Laforest, loin d’être un simple choix personnel, alimente l’image d’un parti en fin de cycle, où les ambitions locales ou individuelles semblent désormais plus prometteuses que l’avenir collectif sous la bannière caquiste.
Une fin de règne qui s’accélère
En se lançant à Saguenay, Laforest espère tourner la page et poursuivre son engagement politique sur un autre terrain. Mais pour la CAQ, ce départ est une perte lourde et un signal inquiétant. Il montre que même dans les bastions régionaux, l’emprise du parti s’effrite.
Si le PQ réussit à transformer cette élection partielle en victoire, il ne s’agira pas seulement d’un siège de plus à l’Assemblée nationale. Ce sera la confirmation que le rapport de force au Québec est en train de basculer, et que la CAQ s’approche dangereusement du même sort que le gouvernement Trudeau : celui d’un pouvoir qui s’effondre de l’intérieur, faute d’avenir.



