Joe Warmington du Toronto Sun rapporte que l’Art Gallery of Ontario (AGO) a dévoilé jeudi soir une sculpture monumentale en bronze intitulée Moments Contained, signée par l’artiste britannique Thomas J Price. Haute de 2,7 mètres (9 pieds), cette œuvre saisissante trône désormais à l’intersection des rues Dundas Ouest et McCaul, devant l’entrée principale du musée.
L’artiste Thomas J Price, cité par l’AGO, espère que son œuvre suscitera « une plus grande empathie et connexion ». Il précise : « Je veux que les gens s’y reconnaissent et se sentent valorisés. » La sculpture représente une femme fictive au visage serein, debout, les mains cachées dans ses poches mais visiblement crispées. Ce contraste, selon l’AGO, exprime une tension intérieure entre confiance affichée et pensées contenues.
Joe Warmington souligne que cette initiative artistique s’inscrit dans une dynamique nouvelle : celle de redonner une place aux statues dans l’espace public après des années de déboulonnages et de polémiques. Il rappelle que la statue de Sir John A. Macdonald à Queen’s Park a récemment été sortie de son enclos après cinq ans, et que la municipalité de Wilmot, en Ontario, a décidé de remettre en place la sienne à Baden. Toutefois, ces retours se font prudemment : dans des coins plus discrets, loin de la visibilité directe des centres civiques.
« Ils remettent la statue en place, mais elle sera cachée », écrit Warmington. Il mentionne également que la statue de Winston Churchill a été déplacée à l’arrière de Nathan Phillips Square à Toronto, et que celles de monarques et de Macdonald à Ottawa sont reléguées en marge du site parlementaire, alors que des premiers ministres libéraux comme Mackenzie King, Laurier et Pearson demeurent en évidence.
L’auteur déplore que plusieurs monuments, comme celui d’Egerton Ryerson, aient été vandalisés ou détruits. La tête de cette statue, emportée en territoire autochtone après sa décapitation en 2021, est aujourd’hui portée disparue.
En revanche, Moments Contained assume pleinement sa visibilité. L’AGO précise qu’il s’agit de la première œuvre d’art public acquise par le Département des arts de l’Afrique globale et de sa diaspora. Ce projet a été financé par un groupe de donateurs majoritairement issus des communautés noires et caribéennes de Toronto. Julie Crooks, conservatrice du département, souligne que « par ses gestes monumentaux, Price crée un espace pour la discussion et pour la beauté ».
La coïncidence avec le début du Mois de l’Émancipation à Toronto n’est pas anodine. Vendredi midi, la ville a lancé ses célébrations avec la levée du Drapeau de la libération des Noirs à l’hôtel de ville, sous la direction de la mairesse adjointe Amber Morley. Tout au long du mois d’août, les centres civiques torontois arboreront ce drapeau, et le lettrage géant « Toronto » sera illuminé en rouge, noir et vert.
Olivia Chow, mairesse de Toronto, a réaffirmé l’engagement de la ville à souligner l’héritage africain en proclamant l’Année internationale des personnes d’ascendance africaine, ainsi que le 1er août comme Jour de l’Émancipation chaque année depuis 1998.
Joe Warmington insiste sur le fait que les personnages historiques comme Macdonald, Laurier, Ryerson ou Dundas ne doivent pas être évalués uniquement à travers le prisme de valeurs contemporaines, mais replacés dans leur contexte. « Leur contribution doit être reconnue, leurs actions débattues », écrit-il.
Il se réjouit que des acteurs comme l’avocat torontois Mark Johnson et son groupe Save Our History, l’Institut canadien pour l’éducation historique, l’historien JDM Stewart et la mairesse de Wilmot, Natasha Salonen, se mobilisent pour la réhabilitation des statues et de l’histoire en général.
Warmington conclut en espérant que les réinstallations récentes, comme celles de Toronto et de Baden, inspireront d’autres villes — Kingston, Montréal, Victoria, Charlottetown, Hamilton, entre autres — à sortir leurs monuments de l’oubli et les remettre « debout, visibles et fiers », à l’image de Moments Contained devant l’AGO.



