Alors que le débat énergétique canadien demeure souvent prisonnier des querelles idéologiques internes, un constat s’impose de plus en plus sur la scène internationale : le monde a besoin de davantage d’énergie provenant de pays stables et fiables. Cette semaine, réunis à Évian-les-Bains en France, les dirigeants du G7 ont explicitement désigné le Canada comme l’un des principaux candidats pour combler ce besoin.
Dans une déclaration conjointe rapportée par CBC News, les chefs d’État du G7 ont affirmé vouloir accélérer la diversification des approvisionnements énergétiques afin de réduire la dépendance mondiale au détroit d’Ormuz, cette voie maritime stratégique du Moyen-Orient par laquelle transite habituellement près de 20 % du pétrole mondial. Les dirigeants ont même souligné qu’ils accueillent favorablement « le potentiel du Canada à fournir une capacité supplémentaire significative aux marchés mondiaux dans les prochaines années ».
Cette déclaration survient dans un contexte de fortes tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Les attaques iraniennes contre la navigation commerciale dans le détroit d’Ormuz ont récemment perturbé les marchés énergétiques mondiaux et rappelé à quel point la sécurité énergétique occidentale demeure vulnérable à des événements se déroulant à des milliers de kilomètres de nos côtes.
Selon CBC News, le premier ministre Mark Carney a lui-même insisté sur la nécessité de tirer les leçons de cette crise. Lors de sa conférence de presse de clôture, il a soutenu que les pays occidentaux doivent diversifier leurs sources d’approvisionnement afin de réduire leur dépendance à ce goulot d’étranglement géopolitique.
Un discours qui rejoint enfin certaines réalités
Depuis plusieurs années, les défenseurs du développement énergétique canadien soutiennent précisément cet argument : dans un monde instable, le Canada possède les ressources, les institutions et les infrastructures nécessaires pour devenir un fournisseur incontournable d’énergie pour ses alliés.
Le paradoxe est que cette réalité semble parfois mieux comprise à Washington, à Berlin, à Tokyo ou à Bruxelles qu’à Ottawa, Montréal ou Québec.
Selon CBC, Mark Carney a évoqué l’expansion des exportations de gaz naturel liquéfié, l’augmentation des capacités du pipeline Trans Mountain ainsi que la possibilité de nouveaux pipelines vers la côte Ouest et vers les États-Unis. Il a également laissé entendre que d’autres options pourraient être envisagées dans l’Est canadien afin d’élargir les débouchés énergétiques du pays.
Ces déclarations prennent une résonance particulière alors que plusieurs observateurs soulignent depuis des années que l’absence de terminaux d’exportation de gaz naturel sur la côte atlantique oblige encore aujourd’hui certains partenaires européens à s’approvisionner auprès de régimes beaucoup moins fréquentables que le Canada.
Les minéraux critiques au cœur de la stratégie
Le sommet du G7 n’a pas porté uniquement sur le pétrole et le gaz.
Le gouvernement fédéral a également annoncé une série de nouveaux partenariats internationaux dans le secteur des minéraux critiques. Le Bureau du premier ministre affirme que ces ententes pourraient débloquer plus de cinq milliards de dollars d’investissements dans la chaîne de valeur canadienne des minéraux stratégiques.
Toujours selon CBC, treize nouvelles initiatives impliquant plus de huit pays ont été conclues afin de renforcer les capacités d’extraction, de transformation et de commercialisation des minéraux essentiels aux technologies modernes, aux batteries, aux réseaux électriques et à l’industrie de la défense.
Le G7 souhaite ainsi réduire sa dépendance envers les chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine, qui demeure aujourd’hui l’acteur incontournable dans le raffinage et la transformation de nombreux minéraux stratégiques.
Parmi les nouveaux projets figure notamment un partenariat avec l’entreprise allemande RCT Solutions visant le développement d’un projet de silice de haute pureté au Manitoba.
Les obstacles demeurent
Mais derrière l’enthousiasme affiché sur la scène internationale, plusieurs observateurs soulignent que le principal défi demeure intérieur.
CBC rapporte qu’Ellis Ross, député conservateur de la circonscription britanno-colombienne de Skeena—Bulkley Valley, doute que le gouvernement fédéral soit réellement capable de concrétiser ses ambitions.
Selon lui, les processus d’autorisation canadiens demeurent parmi les plus complexes du monde occidental. Les questions entourant les consultations autochtones, l’émission des permis et le partage des compétences entre Ottawa et les provinces continuent de ralentir les grands projets.
« Ce qu’ils disent sur la scène internationale est différent de ce qu’ils peinent à accomplir ici même au Canada », a-t-il déclaré à CBC.
Cette critique rejoint d’ailleurs un constat formulé de plus en plus fréquemment dans l’industrie énergétique. Depuis plusieurs années, les gouvernements canadiens multiplient les déclarations favorables au développement des ressources naturelles tout en maintenant un environnement réglementaire qui décourage ou ralentit considérablement les investissements.
Le paradoxe est frappant : au moment même où le G7 affirme avoir besoin davantage d’énergie canadienne, le Canada continue de débattre de la construction même des infrastructures qui permettraient de répondre à cette demande.
Une reconnaissance internationale difficile à ignorer
Au-delà des annonces concrètes, le sommet d’Évian marque peut-être un changement de ton important.
Pendant des années, le discours dominant dans plusieurs cercles politiques occidentaux présentait les hydrocarbures comme une industrie du passé. Or, les crises successives — guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient, instabilité des marchés énergétiques — ont rappelé que la sécurité énergétique demeure l’un des fondements de la prospérité économique et de la stabilité géopolitique.
Le message envoyé par le G7 est clair : les démocraties industrialisées cherchent activement des fournisseurs fiables pour remplacer les approvisionnements vulnérables ou politiquement risqués.
Le Canada possède toutes les ressources nécessaires pour jouer ce rôle. Reste maintenant à savoir si ses gouvernements auront la volonté politique de permettre à ces projets de voir réellement le jour.



