Dans un article publié par Michelle Allan pour CBC News, on apprend que le gouvernement fédéral mettra un terme au financement destiné à héberger des demandeurs d’asile dans des hôtels à compter du 30 septembre 2025. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a confirmé que cette mesure, mise en place à titre temporaire, n’a jamais été conçue pour durer.
Depuis 2020, Ottawa a dépensé environ 1,1 milliard de dollars pour loger temporairement des demandeurs d’asile, principalement en Ontario et au Québec. Actuellement, 485 personnes sont encore hébergées dans cinq hôtels, selon ce qu’IRCC a précisé dans un courriel adressé à CBC.
L’organisme gouvernemental affirme que plus de 15 000 demandeurs d’asile ont déjà pu faire la transition vers un logement autonome. Il indique qu’un accompagnement est prévu pour ceux qui résident encore dans les hôtels afin de leur permettre de trouver une solution avant l’échéance de fin septembre. IRCC soutient également vouloir continuer à appuyer les provinces et les municipalités dans le développement de stratégies de logement à long terme.
Michelle Allan souligne toutefois que plusieurs experts et acteurs communautaires s’interrogent sur les capacités réelles des municipalités à absorber cette responsabilité. Adaoma Patterson, directrice des investissements communautaires à United Way Greater Toronto, affirme que les réseaux de refuges sont déjà à pleine capacité, et que les délais pour créer de nouvelles infrastructures sont longs : « Les municipalités font tout ce qu’elles peuvent. Mais construire un refuge prend du temps. »
Elle indique aussi que certains demandeurs d’asile peinent à trouver un logement en raison d’un manque de logements abordables ou du refus de certains propriétaires de leur louer un logement. « Toute personne qui n’est pas dans un logement stable et sécuritaire court un risque pour sa santé », ajoute-t-elle.
Michelle Allan rappelle que le gouvernement fédéral a annulé en 2024 un projet de 68 millions de dollars destiné à moderniser le système d’asile canadien, à l’origine fortement dépendant du traitement papier. Cette annulation a suscité de nombreuses interrogations. En parallèle, Ottawa souhaite adopter le Strong Borders Act, un projet de loi qui introduirait notamment une limite d’un an pour déposer une demande d’asile après l’entrée au pays.
L’économiste Christopher Worswick, professeur à l’Université Carleton, doute que le nombre de demandes d’asile ait véritablement chuté de 40 %, comme le prétend IRCC. Il craint plutôt que le gouvernement fédéral cherche à transférer les coûts aux provinces et municipalités. « Le logement des demandeurs d’asile est une obligation internationale, et elle coûte cher. Les villes ont moins de moyens pour y faire face. Où va-t-on trouver l’argent ? », s’interroge-t-il.
En 2023, l’absence de solution d’hébergement avait mené à la présence de centaines de demandeurs d’asile dormant dans les rues de Toronto. Des organisations communautaires comme l’église Miracle Arena For All Nations à Vaughan étaient alors intervenues. Son pasteur, Isaac Oppong, affirme que sa congrégation a hébergé plus de 500 demandeurs d’asile depuis juin 2023, sans aide gouvernementale.
Oppong exprime son inquiétude face à la fin prochaine du programme sans solution alternative claire : « Il n’y a pas de bâtiments réaffectés ni d’autres options d’hébergement disponibles. On risque de revenir à la situation de 2023. » Il ajoute : « C’est comme faire monter des gens dans ton canot de sauvetage parce que tu vois qu’ils se noient. Mais tu ne peux pas les y garder indéfiniment. Il faut les amener quelque part. »
Alors que la date du 30 septembre approche, les efforts de coordination entre les divers niveaux de gouvernement, ainsi que le soutien des communautés locales, seront cruciaux pour éviter une nouvelle crise.



