Depuis plusieurs années, le gouvernement fédéral consacre des sommes considérables au financement d’organisations militantes actives dans des domaines idéologiques sensibles comme l’identité de genre, la lutte contre les changements climatiques ou la cause pro-palestinienne. C’est ce que nous apprend Tristin Hopper du National Post dans un article choc. L’ampleur de ces subventions, souvent accordées à des groupes très politisés, soulève des questions fondamentales sur l’utilisation de l’argent public et sur la porosité croissante entre l’État et l’activisme.
Un exemple récent illustre bien cette dynamique. Une subvention fédérale de près de 100 000 dollars, censée servir à combattre l’antisémitisme, a été accordée à l’organisation Toronto Palestinian Families. Officiellement destinée à lutter contre le racisme antijuif et anti-palestinien, cette aide publique a pourtant été versée à un groupe connu pour son militantisme anti-israélien affirmé. L’organisation a notamment relayé du contenu provenant du Palestinian Youth Movement, un groupe ayant célébré publiquement les attaques du 7 octobre alors qu’elles étaient encore en cours.
Cet épisode n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un vaste réseau de subventions gouvernementales qui alimentent chaque année un militantisme professionnel de plus en plus structuré. Sous les gouvernements libéraux, ces programmes se sont multipliés, avec des enveloppes dédiées à l’équité de genre, à l’antiracisme ou encore à l’action climatique.
Le financement des organisations militantes transgenres constitue un premier volet marquant. Egale Canada, fondée en 1986 pour défendre les droits des gais et des lesbiennes, se présente aujourd’hui comme la principale organisation canadienne pour les personnes 2SLGBTQI. Elle est désormais très engagée dans la défense de l’idéologie de l’identité de genre, s’opposant publiquement aux lois de l’Alberta restreignant l’accès aux sports féminins ou l’utilisation de bloqueurs de puberté chez les mineurs, et contestant ces politiques devant les tribunaux.
Au fil des années, le financement public est devenu la principale source de revenus de l’organisme. En 2023, près de 69 % de son budget provenait des gouvernements, avec environ 4,2 millions de dollars en subventions contre seulement 1,5 million en dons privés. Une situation qui transforme un groupe militant en organisation largement soutenue par les contribuables, tout en exerçant une pression politique constante sur les élus.
Le même constat s’applique à Queer Momentum, dirigée par la militante trans Fae Johnstone. L’organisation s’est notamment mobilisée contre les propositions conservatrices visant à empêcher les hommes s’identifiant comme femmes d’être incarcérés dans des prisons féminines. Elle affirmait qu’une telle mesure exposerait les femmes trans à davantage de violence, tout en appelant les électeurs à se concentrer sur des enjeux jugés plus centraux comme le coût de la vie ou les relations avec les États-Unis.
Ce militantisme s’accompagne d’un soutien financier soutenu de la part d’Ottawa. En décembre 2023, Queer Momentum figurait parmi les organisations mises de l’avant lors d’une annonce fédérale de 5,4 millions de dollars en financement lié à l’égalité des genres en Nouvelle-Écosse. Quelques mois plus tard, le groupe se réjouissait publiquement de l’obtention de plus de 10 millions de dollars par année pour soutenir les communautés LGBTQ, affirmant que ces annonces étaient le fruit direct de son travail de lobbying.
La cause pro-palestinienne bénéficie elle aussi d’un important soutien fédéral. Le National Council of Canadian Muslims, un groupe de pression actif sur la Colline du Parlement, est particulièrement vocal dans ses accusations de génocide à l’encontre d’Israël. Depuis 2018, l’organisation a reçu au moins dix subventions fédérales, dont certaines approchant le demi-million de dollars, notamment de Femmes et Égalité des genres Canada et de Patrimoine canadien.
Dans le même esprit, l’Association des juristes canadiens arabes a publié un guide sur le racisme anti-palestinien entièrement financé par l’État. Ce document soutient notamment qu’il serait raciste d’associer la politique palestinienne au terrorisme et présente le terme « jihad » comme fondamentalement inoffensif, mal compris par les médias occidentaux.
Le militantisme climatique constitue un autre pilier majeur de ce financement public. Le Canadian Climate Institute est omniprésent dans les médias et régulièrement présenté comme une source experte indépendante. Ses représentants sont souvent cités dans les reportages, appelés à témoigner devant les comités parlementaires et consultés dans l’élaboration des politiques publiques.
Pourtant, cet organisme a été créé à l’initiative même du gouvernement fédéral, à la suite d’un appel de propositions lancé par Environnement et Changement climatique Canada afin de soutenir la transition vers une économie dite de croissance propre. En 2022, l’Institut a reçu 500 000 dollars en fonds fédéraux, puis 30 millions de dollars en 2023 pour des activités liées à l’engagement d’experts et aux politiques climatiques.
À travers l’ensemble de ces exemples, une même question revient : jusqu’où un gouvernement peut-il financer des organisations idéologiques sans transformer l’argent public en levier politique ? À mesure que ces groupes deviennent dépendants des subventions fédérales, la frontière entre société civile, militantisme et pouvoir d’État apparaît de plus en plus floue.



