Le haut-commissaire de l’Inde, Dinesh Patnaik, critique la « complaisance canadienne » envers les séparatistes sikhs

Les relations entre le Canada et l’Inde reprennent timidement, mais la tension reste palpable. Le nouveau haut-commissaire de l’Inde au Canada, Dinesh Kumar Patnaik, affirme qu’il vit sous protection policière à Ottawa — une situation qu’il juge « anormale dans un pays comme celui-ci ». Dans une entrevue exclusive à CTV Question Period, qui sera diffusée dimanche, il a rejeté en bloc les accusations de meurtres, d’extorsions et d’activités clandestines visant des diplomates indiens au Canada.

« Je suis sous protection. Je ne devrais pas l’être dans un pays comme celui-ci », a confié Patnaik, en dénonçant le climat d’hostilité créé, selon lui, par certains groupes extrémistes sikhs. L’entretien, mené par la journaliste Vassy Kapelos, s’inscrit dans un contexte de réchauffement prudent entre Ottawa et New Delhi, après deux ans de crise diplomatique.

Pour le haut-commissaire, les discussions actuelles entre les deux pays portent sur « la situation sécuritaire dans son ensemble », notamment la question du mouvement séparatiste sikh pro-Khalistan, que le gouvernement de Narendra Modi qualifie depuis longtemps de menace terroriste. « Ce n’est pas un problème indien, c’est un problème canadien. Ce sont des Canadiens qui créent ce problème », a-t-il soutenu.

Ces propos interviennent alors que la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, vient de rencontrer le premier ministre Modi en Inde. Les deux pays ont signé une déclaration commune pour renforcer leur coopération en matière de commerce et d’intelligence artificielle. Interrogée sur la protection de la communauté sikhe au Canada, Anand a insisté sur le fait que « la sécurité publique des Canadiens demeure la priorité absolue » et qu’« aucune ingérence étrangère ne sera tolérée ».

Dans le même reportage, Stephanie Ha rappelle que la méfiance entre les deux nations remonte à 2023, lorsque Justin Trudeau avait évoqué des « allégations crédibles » liant des agents indiens à l’assassinat du militant sikh Hardeep Singh Nijjar. L’année suivante, la GRC a accusé certains diplomates indiens de liens avec des homicides et extorsions sur le sol canadien, entraînant une série d’expulsions réciproques.

Patnaik rejette ces accusations qu’il qualifie de « grotesques et absurdes », affirmant que l’Inde attend toujours des preuves tangibles. « Nous ne faisons jamais d’actions extraterritoriales », a-t-il assuré. Pressé de dire si les membres de la communauté sikhe peuvent se sentir en sécurité, il a répondu : « Ils ne l’ont jamais été menacés par l’Inde. »

De son côté, le ministre canadien de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a refusé de confirmer si le retour des diplomates indiens présente un risque, se bornant à dire que le gouvernement « fera ce qu’il faut pour protéger les Canadiens » tout en maintenant un dialogue « fondé sur la confiance et la responsabilité ».

Malgré les échanges diplomatiques plus cordiaux et la relance d’un dialogue bilatéral, le fossé reste profond. Le président de la Sikh Federation of Canada, Moninder Singh, accuse Ottawa de « sacrifier la sécurité des militants sikhs au profit de la diplomatie économique ».

L’entrevue exclusive de Stephanie Ha met en lumière une réalité embarrassante : alors que le Canada et l’Inde tentent de renouer le dialogue, la méfiance mutuelle persiste — et même le représentant officiel de New Delhi vit désormais sous protection dans la capitale canadienne.

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