Le nouveau film Nuremberg explore la relation entre Göring et son psychiatre

À l’occasion du 80e anniversaire des procès de Nuremberg, la journaliste Clare McHugh revient, dans un texte publié par la BBC, sur l’histoire réelle qui inspire le film Nuremberg du réalisateur James Vanderbilt, où Russell Crowe incarne Hermann Göring, ancien bras droit d’Hitler. Le long métrage s’attarde sur une facette méconnue du procès : la relation troublante entre Göring et le psychiatre américain chargé d’évaluer sa santé mentale, Douglas M. Kelley, interprété par Rami Malek.

Lorsque les Alliés décidèrent, en 1945, de juger les dignitaires nazis au lieu de les exécuter sommairement, la décision fut révolutionnaire. À Nuremberg, dans une Allemagne encore en ruines, vingt-deux hauts responsables du Troisième Reich furent confrontés à leurs crimes. Parmi eux, Göring, flamboyant et mégalomane, autrefois héros de l’aviation allemande, pesait près de 135 kilos et arborait ses uniformes décorés de diamants avec fierté.

Le film de Vanderbilt, explique Clare McHugh, s’inspire du livre The Nazi and the Psychiatrist du journaliste Jack El-Hai, qui raconte les entretiens entre Kelley et Göring. Fait prisonnier près de Salzbourg, l’ancien Reichsmarschall fut transféré au Luxembourg, dans un hôtel transformé en prison. Là, le docteur Kelley, jeune psychiatre de l’armée américaine, passa des heures à discuter avec lui, cherchant à comprendre le « mal absolu ».

Jack El-Hai confie à la BBC que les deux hommes partageaient une étrange fascination mutuelle : « Ils n’étaient pas amis, mais une connexion s’est créée. Kelley reconnaissait en Göring des traits de caractère similaires aux siens : ambition, ego démesuré, besoin de contrôle. » Le psychiatre espérait découvrir chez les nazis une pathologie commune, un désordre mental expliquant leurs atrocités. Il dut pourtant admettre qu’ils n’étaient pas fous, mais opportunistes, mus par le pouvoir et l’obéissance.

Le film montre un Göring manipulateur, charmeur, intelligent, jouant avec les failles psychologiques de ses juges. Dans le prétoire, Crowe livre une performance saisissante : Göring parvient à embarrasser le procureur américain Robert H. Jackson (interprété par Michael Shannon) avant d’être acculé par les preuves irréfutables présentées par l’avocat britannique Sir David Maxwell-Fyfe (Richard E. Grant).

Moment clé du procès — et du film — : la projection des images tournées dans les camps de concentration, exigée par le général Eisenhower. Ces séquences bouleversèrent la salle d’audience et révélèrent au monde entier l’ampleur du génocide. Göring détourna les yeux.

Condamné à mort par pendaison, il se suicida la veille de son exécution, en avalant une capsule de cyanure. L’origine de cette capsule demeure mystérieuse : selon un ancien garde américain, une jeune Allemande l’aurait trompé en lui remettant le poison à livrer à Göring. D’autres versions affirment que l’ancien dignitaire nazi l’avait dissimulée lui-même, dans un pot de crème capillaire.

Dans la scène finale, Vanderbilt choisit de donner la dernière parole non pas à Göring, mais à un jeune sergent juif allemand, Howard Triest (joué par Leo Woodall), traducteur lors du procès. « Savez-vous pourquoi cela s’est produit ici ? Parce que les gens l’ont laissé se produire », dit-il au docteur Kelley, avant son départ.

Clare McHugh note que cette phrase condense tout le sens du film : la responsabilité collective. Le psychiatre Kelley, profondément marqué par son expérience, en fit son combat après la guerre, mettant en garde contre les dérives populistes et les germes du fascisme qu’il croyait encore perceptibles aux États-Unis.

Mais la vie de Kelley se termina tragiquement : déçu par sa carrière, rongé par la dépression et l’alcool, il se donna la mort en 1958, en avalant du cyanure – comme Göring.

À travers ce double destin, Vanderbilt interroge, selon McHugh, la frontière fragile entre le mal et la normalité, et la facilité avec laquelle l’histoire peut se répéter. Nuremberg sortira en salles le 7 novembre aux États-Unis et le 14 novembre au Royaume-Uni.

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