Le gouvernement de François Legault vient d’annoncer une nouvelle série de mesures visant à réduire l’immigration dans la province. Il abolit le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), déjà dans la mire par le passé, ce qui avait alors provoqué un tollé parmi les étudiants et les travailleurs étrangers diplômés au Québec. Le gouvernement souhaite également ramener les seuils d’immigration à environ 45 000 personnes par année.
Or, 45 000, ce sont essentiellement les seuils établis sous Jean Charest, officiellement pour combler la pénurie anticipée de main-d’œuvre liée aux départs à la retraite des baby-boomers. Officieusement, il s’agissait surtout de rendre politiquement impossible la tenue d’un troisième référendum sur l’indépendance du Québec. Les libéraux ont ainsi réussi à déplacer la fenêtre d’Overton : ce qui était autrefois perçu comme excessif est maintenant considéré comme raisonnable, voire prudent, tellement les seuils ont ensuite été poussés à des niveaux intenables.
Quant au PEQ, le programme n’était certes pas parfait, mais il fonctionnait globalement. Nous voulons des diplômés qualifiés, francophones, productifs, qui s’intègrent rapidement : le PEQ servait précisément à cela. En le démantelant, on fait fuir des gens qui auraient contribué fiscalement au Québec. Comme le disait un ingénieur civil haïtien rencontré récemment : « Le Québec paie en partie la formation de ces étudiants, mais ce sont les autres provinces qui récoltent les bénéfices. »
Le gouvernement n’aurait jamais dû faire des promesses impossibles à tenir. On ne passe pas des années à faire la promotion internationale du Québec comme destination d’études et de travail pour ensuite renverser la table. Cela donne une image d’improvisation permanente. À une époque où les États doivent démontrer stabilité et fiabilité pour attirer les capitaux et les talents, ce manque de prévisibilité devient un handicap majeur.
Et ce constat vaut aussi pour Ottawa — peut-être encore davantage. Le plus récent budget de Mark Carney admet que l’explosion des seuils d’immigration a contribué — au moins en partie — à la crise du logement. Ce n’est pas une question de haine ou de rejet des individus qui ont profité d’une opportunité. C’est une simple application de la loi de l’offre et de la demande.
Nos gouvernements montrent surtout qu’ils ne contrôlent plus grand-chose. On tolère l’entrée de gens soupçonnés d’appui au terrorisme, pendant qu’on renvoie des travailleurs honnêtes — Français, Colombiens, Mexicains — pour un formulaire mal rempli. On refuse de déporter des criminels violents, mais on expulse des titulaires de diplômes québécois au motif qu’ils n’ont pas fait l’examen de français fédéral… même lorsqu’ils viennent de la France.
Nous vivons dans un pays de doubles standards. Une maison de fous digne des Douze Travaux d’Astérix.



