Alors que la transition énergétique mondiale met les minéraux critiques au cœur des stratégies industrielles, le Québec semble à contre-courant de son propre potentiel. Le tout dernier Annual Survey of Mining Companies publié par le Fraser Institute, rapporté par Joseph Quesnel pour le Canadian Mining Journal et par Gabriel Friedman dans le Financial Post, brosse un portrait inquiétant : le Québec tombe de la 5e à la 22e place dans le classement mondial des juridictions les plus attrayantes pour l’investissement minier.
Pendant que des provinces comme la Saskatchewan (7e) et Terre-Neuve-et-Labrador (8e) continuent d’attirer les capitaux grâce à des politiques cohérentes, le Québec s’enlise dans un environnement réglementaire jugé confus, hostile et dissuasif. Selon Elmira Aliakbari, directrice des études sur les ressources naturelles au Fraser Institute, ce recul québécois s’explique notamment par l’« incertitude réglementaire, les chevauchements administratifs, et des inquiétudes croissantes sur le régime fiscal et le système juridique ». En clair, des signaux rouges que l’industrie envoie depuis des années, sans réponse adéquate de la part du gouvernement.
Le contraste est saisissant avec la performance soutenue de la Saskatchewan, qui figure pour la sixième fois en sept ans dans le top 10 mondial grâce à sa stabilité réglementaire et à une gouvernance claire en matière de développement minier. Terre-Neuve-et-Labrador, pour sa part, s’est hissée au 6e rang pour la qualité de ses politiques publiques — preuve qu’un encadrement bien conçu peut rivaliser avec les meilleures juridictions du monde.
Un potentiel gaspillé
Le plus troublant dans ce portrait n’est pas seulement la chute du Québec dans les classements, mais le fait qu’elle survient malgré une géologie exceptionnellement riche. Comme le rappellent les chercheurs du Fraser Institute, plusieurs provinces canadiennes, dont le Québec, possèdent des sous-sols parmi les plus prometteurs pour le lithium, le graphite, le nickel, l’or ou les terres rares. Mais cet avantage naturel est dilué par un environnement politique qui décourage l’exploration, complexifie les permis et alimente l’insécurité juridique.
Cette contradiction est aussi visible au Yukon, dont le potentiel géologique est bien reconnu, mais qui ne figure qu’au 24e rang du classement général en raison d’un climat politique incertain. En Colombie-Britannique, bien que la province ait grimpé de la 25e à la 12e place, les experts du Fraser Institute soulignent qu’elle a encore « beaucoup de chemin à faire » pour débloquer pleinement son potentiel, freinée par des litiges territoriaux, des obstacles environnementaux et un manque de prévisibilité réglementaire.
Le Québec, sous perfusion idéologique
Au Québec, cette situation s’explique en partie par une politique énergétique désincarnée de toute stratégie minière cohérente. Comme je le soulignais récemment :
« Le gouvernement Legault veut électrifier l’économie, miser sur les batteries et exporter une image de leader vert. Mais il oublie qu’on ne peut pas fabriquer des batteries avec des slogans. Le Québec sabote lui-même sa chaîne d’approvisionnement en minéraux critiques en bloquant l’exploration, en multipliant les obstacles réglementaires, et en refusant de jouer son rôle dans une stratégie nord-américaine intégrée. »
Le cas de Northvolt, soutenu par des milliards de fonds publics, illustre bien cette incohérence. La matière première n’est pas extraite ici, les technologies sont importées, et les emplois demeurent précaires. Le Québec veut les fruits de l’exploitation minière sans en accepter les racines industrielles.
Un avertissement ignoré
Le recul du Québec dans le classement du Fraser Institute ne devrait pas être vu comme une simple statistique, mais comme une alerte sérieuse. Comme l’explique Sean Kirby, directeur de l’Association minière de la Nouvelle-Écosse, une autre province mal cotée (75e), la performance d’un territoire dépend moins de ses roches que de sa capacité politique à en tirer parti :
« La géologie ne suffit pas. Il faut un système de permis clair, une gouvernance unifiée et des gens compétents pour traiter les dossiers. Chez nous, ce sont des fonctionnaires sans expertise minière qui prennent les décisions. C’est absurde. »
Les critiques de Kirby s’appliquent avec une précision troublante au Québec. La multiplication des ministères impliqués (Environnement, Ressources naturelles, Affaires autochtones, etc.), combinée à des délais imprévisibles et à une méfiance politique envers l’industrie minière, entretient un climat d’aversion au risque pour les investisseurs.
Un virage s’impose
Le Québec doit choisir : soit il continue de miser sur une idéologie verte déconnectée des réalités industrielles, soit il assume enfin sa vocation minière stratégique, dans un cadre réglementaire modernisé, transparent et compétitif. Ce choix déterminera non seulement sa place dans les classements futurs, mais surtout sa capacité à rester un acteur économique pertinent dans un monde qui ne ralentira pas sa course aux ressources.



