Le remaniement du désespoir : Legault tente de sauver la CAQ

Lors des élections générales d’octobre 2022, la CAQ a fait campagne sur son bilan de sa gestion de la pandémie de la COVID-19 et ce fut un succès. Une majorité de Québécois a été satisfait du travail de l’administration Legault durant la crise sanitaire. En conséquence, la CAQ a obtenu une des plus fortes majorités de l’histoire politique québécoise. Alors, François Legault avait un mandat fort pour gouverner à sa guise. Cependant, la chute de ce parti a commencé dans sa forteresse de Québec et s’est ensuite répandue partout sur le territoire québécois. L’élément déclencheur de la dégringolade de la CAQ fut le renoncement du projet de Troisième lien. Le gouvernement a brisé sa promesse et ce fut le commencement de sa descente aux enfers.

Selon le dernier sondage, la CAQ obtient seulement 11% des voix contre 38% pour le Parti québécois. C’est une perte de six points par rapport au coup de sonde du mois dernier qui donnait 17% aux troupes de François Legault. «Cette baisse est attribuable au scandale financier du projet informatique de la SAAQ», estime le politologue André Lamoureux en entrevue à Québec Nouvelles.

Selon ce dernier, ce sont la multiplication des bourdes qui expliquent la chute vertigineuse de la CAQ dans les intentions de vote : Nortvolt, le Troisième lien, les dépenses excessives du ministre Pierre Fitzgibbon, le scandale de la SAAQ, les problèmes en santé, les déficits, etc. «Le gouvernement Legault fut incapable de freiner le déclin de notre système de santé qui est à bout de souffle. C’est pour cela que la population n’a plus confiance en François Legault et qu’elle veut un changement de régime»,  mentionne-t-il.

M. Lamoureux estime que la chute de la CAQ dans les sondages peut expliquer la prorogation et le remaniement ministériel qui ont eu lieu le 10 septembre. Ce fut un brassage de cartes important qui a été réalisé par le premier ministre Legault. «Pour tenter de relancer son parti, le chef de la CAQ a fait des changements considérables à son équipe ministérielle. Geneviève Guibeault a perdu le portefeuille des Transports et est maintenant ministre des Affaires municipales. François Bonnardel, un caquiste de la première heure, a été exclu du nouveau Conseil des ministres», raconte-t-il. Bernard Drainville n’est plus ministre de l’Éducation. Ce sont deux poids lourds qui ont perdu des plumes et le dernier vestige de la défunte ADQ a disparu du Cabinet Legault.

 Il y a du renouveau dans le Cabinet Legault avec six nouveaux ministres : Jean-François Simard (responsable de la région de la Capitale-Nationale), Donald Martel (Agriculture), Amélie Dionne (Tourisme), Samuel Poulin (Jeunesse et délégué à l’économie), Éric Girard (Développement économique régional, ne pas confondre avec le ministre des Finances)  et Yves Montigny (présidence du caucus). Bernard Drainville n’est plus ministre de l’Éducation.

Notre interlocuteur pense que le premier ministre comprend la situation de son parti et il va utiliser sa dernière carte pour tenter de renverser la vapeur. «C’est la première fois que le premier ministre admet que son gouvernement a fait des erreurs lors du mandat actuel. Il tente de reprendre l’initiative qui permettrait de changer la tendance lourde, qui pourrait mener à une cuisante défaite de la CAQ», martèle-t-il.

On a l’impression d’être en fin de régime à Québec et la CAQ risque sa survie politique. André Lamoureux croit que les chances de la CAQ de remonter dans les sondages sont minimes. Mais rien n’est impossible en politique. Le gouvernement Legault semble vouloir se concentrer sur le thème identitaire, le renforcement de la loi 21 et son projet de constitution. «Lors de son premier mandat, François Legault s’est démarqué sur ce plan avec la loi 21 sur la laïcité de l’État qui fut bien accueillie par la majorité historique francophone. Cependant, la CAQ va peut-être manquer de temps», souligne-t-il

André Lamoureux estime que : «pour caractériser tout ce processus de remaniement, de prorogation et de discours inaugural, je dirais qu’il s’agit d’un branle-bas de dernier recours qui risque d’aboutir au dernier souffle de ce gouvernement».

D’autre part, le premier ministre ne donne pas l’impression de vouloir quitter son poste. «Si M. Legault ne réussi pas à relancer son parti, avec sa nouvelle orientation, d’ici janvier prochain, ce sera difficile pour lui de rester premier ministre. Cela ne donnera pas beaucoup de temps à son successeur de faire sa marque. La CAQ est en grande difficulté, elle aura fort à faire pour renverser la tendance et éviter un naufrage en octobre 2026», conclut-il.

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