Le retour de la dinde noire ou comment le Québec est devenu la capitale mondiale des faits divers

Louiseville. Fin février 2024. Dans cette petite ville de la Mauricie, une étrange histoire a fait les manchettes ces derniers jours. Un homme filmé par une caméra le montre pourchassé par une dinde noire. Celui-ci tire de la neige sur la bête, qui n’en devient que plus agressive. La chasse est ouverte par le maire de l’endroit, qui incite ses citoyens à s’armer de bâtons de baseball pour en finir avec la créature. Pourquoi ce qui est une nouvelle amusante démontre en réalité que le Québec est devenu malgré lui la capitale mondiale des faits divers? Quelques considérations sur la couverture médiatique au Québec.

Vous avez sûrement vu cette drôle d’histoire. Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies, était déjà une personnalité flamboyante dans le monde terne de la politique municipale du Québec. Mais celui-ci a monté la barre très haute pour offrir aux Québécois un moment de télévision unique. Celui-ci a appelé à en finir avec la dinde qui a agressé des citoyens de Louiseville. Sa devise : l’humain avant tout!

Après plusieurs entrevues toutes plus divertissantes les unes que les autres, où les animateurs avaient du mal à retenir leurs rires, il a finalement annoncé à la télévision que la cible était neutralisée. Tel David contre Goliath, un homme a tué la bête avec une fronde. M. Deshaies a prouvé la mort de la dinde en exhibant ses pattes devant les caméras. Tout est bien qui finit bien.

Oui, pour cette histoire. Par contre, si l’on a ri, et que des internautes s’en sont donné à cœur joie en créant des memes, la couverture médiatique de cette dinde agressive en dit long sur l’état de l’information au Québec. Il est de plus en plus difficile de nos jours de produire du contenu de qualité. Qu’il s’agisse d’enquêtes, d’infiltrations ou de couvrir l’actualité internationale. Radio-Canada le fait encore de nos jours, mais c’est uniquement, car ils ont des moyens considérables venant du gouvernement canadien.

Les autres médias sont obligés de se tourner davantage vers la chronique d’opinion ou les faits divers, pour plusieurs raisons. Déjà, ça coûte moins cher. Certaines enquêtes du Journal de Montréal ont déjà mobilisé des journalistes pendant plusieurs mois, qui n’étaient affectés qu’à une seule mission. On se souvient de l’infiltration des raëliens par Brigitte McCann et Chantal Poirier. Un journal de nos jours pourrait-il faire la même chose en 2024? C’est moins probable.

Aussi, les Québécois sont des gens très insulaires. Nous sommes loin des tourments du reste de la planète. Nous n’avons jamais connu de notre histoire moderne la guerre directement chez nous. Cela fait du Québec une société qui fait bon vivre, malgré la rudesse du climat. De plus, notre système parlementaire assure une relative stabilité, et les tensions politiques sont moins intenses chez nous qu’ailleurs dans le monde. En gros, nous vivons dans un pays tranquille qui fait l’envie du reste du monde. Alors, pourquoi se préoccuper de nouvelles qui se passent à l’autre bout de la planète? Les Québécois sont des gens pragmatiques et vous diront qu’ils sont intéressés par ce qui leur est proche.

Nous sommes une petite nation. On s’identifie facilement aux autres Québécois. Nous sommes tous reliés d’une façon ou d’une autre par le sang, la culture, la langue. C’est pour ça que les faits divers nous intéressent. C’est le côté un peu voyeur des petites communautés. Qui carbure aux rumeurs et autres ragots. Une mouche dans un Timbit? Ça aurait pu nous arriver! C’est pour ça que l’on aime ce genre de nouvelle. Nous sommes heureux que ce genre de chose n’arrive qu’aux autres.

Certains bien-pensants pourraient qualifier les Québécois d’indifférents aux misères du monde. Si on peut déplorer la qualité parfois variable de l’information au Québec, ces histoires de Timbit, de dindes noires ou de concours de poutines sont le reflet d’une société tricotée serrée (sans que cela soit péjoratif) et tranquille. Il ne suffit que de regarder les nouvelles sur un site africain ou américain pour constater à quel point le Québec est une nation où il fait bon vivre. Chez nous, on peut s’identifier à son voisin, ou aux gens d’autres régions de la belle province. Cela peut être vu comme une force. Peut-être. À vous de juger.

Anthony Tremblay

Après des études en politique appliquée à l'Université de Sherbrooke, Anthony Tremblay s'est intéressé notamment aux questions sociales telles que le logement ou l'itinérance, mais aussi à la politique de la Chine, qu'il a visité et où il a enseigné l'anglais. Il vit à Sherbrooke avec ses deux chiens.

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