Emmanuel Macron a surpris tout le monde — et inquiété plusieurs — en annonçant la création, dès 2026, d’un service militaire « volontaire » destiné aux jeunes de 18 à 25 ans. Il a affirmé que cette formation de dix mois se déroulerait exclusivement sur le territoire français, sans envoi de recrues à l’étranger. Mais cette annonce survient dans une Europe où la militarisation s’accélère, et elle en dit long sur l’époque troublée dans laquelle nous entrons. Devons-nous, ici au Québec, y voir un signe avant-coureur ?
Le geste de Macron ne tombe pas du ciel : une douzaine de pays européens ont conservé ou rétabli la conscription, et six autres ont instauré une forme de service volontaire. Là où le président français a vraiment soulevé la méfiance, c’est lorsqu’il a laissé entendre qu’en cas de conflit majeur, le Parlement pourrait autoriser l’enrôlement de jeunes dont les compétences auraient été repérées lors de cette « journée de mobilisation ». Autrement dit : ce qui est présenté aujourd’hui comme volontaire pourrait, demain, devenir obligatoire.
Au Canada, le premier ministre Mark Carney a lui aussi évoqué la possibilité de mobiliser des fonctionnaires fédéraux pour des tâches logistiques, voire pour opérer des drones. Cela a fait sourire certains. Pourtant, ce changement de ton, discret mais radical, devrait inquiéter tout autant.
Car derrière ces annonces se cache une réalité brutale : si Vladimir Poutine parvient à annexer durablement une partie de l’Ukraine, rien ne garantit qu’il s’arrêtera là. Pour les Polonais, Lettons, Estoniens, Finnois ou Lituaniens — tous marqués par l’occupation soviétique — la menace russe n’a jamais disparu. Ce sont eux qui, depuis des années, nous avertissent du danger d’un régime revanchard. Mais nous avons préféré croire qu’ils exagéraient, que la Russie avait changé, qu’il n’y aurait plus jamais de grandes guerres en Europe. L’illusion de la « fin de l’Histoire » nous a rendus aveugles.
La victoire partielle ou totale de Moscou en Ukraine marquera la fin de cette naïveté occidentale. Elle donnera du courage à d’autres puissances, notamment la Chine, qui nourrit elle aussi des ambitions territoriales envers ses voisins.
Il n’y a rien de réjouissant dans le fait que nos gouvernements se préparent à la guerre. Ce n’est pas le résultat d’un complot visant à « écraser » la Russie, comme le prétendent certains propagandistes. C’est simplement l’adaptation face à un monde plus dangereux, où l’idée même de paix permanente s’effrite.
La mobilisation d’une génération entière sera pourtant un casse-tête immense. Comment convaincre des jeunes qui n’ont connu que le confort, l’autonomie individuelle et la méfiance envers toute forme d’autorité ? Comment imaginer une société occidentale se préparant à la contrainte, alors que nos adversaires — eux — possèdent des populations captives que leurs régimes n’hésitent pas à sacrifier ?
Voilà toute la tragédie : Poutine peut imposer l’effort de guerre sans opposition. Nous, non. Sommes-nous prêts à renoncer à une part de notre confort pour défendre notre liberté ? Rien n’est moins certain. Et cela augure très mal pour l’avenir.



