Le solaire aussi a un coût environnemental : une étude chinoise observe un recul de la biodiversité aviaire

Aucune forme de production énergétique n’est entièrement dépourvue de conséquences sur l’environnement. Si les effets des hydrocarbures, de l’hydroélectricité ou du nucléaire font régulièrement l’objet du débat public, le déploiement massif des énergies renouvelables peut lui aussi transformer les écosystèmes.

Une nouvelle étude publiée jeudi dans la prestigieuse revue scientifique Science en fournit une nouvelle illustration. Après avoir analysé 2 344 comtés chinois sur une période de dix ans, des chercheurs ont observé qu’une intensification des politiques favorisant le développement de l’énergie solaire était associée à une diminution mesurable de la diversité des oiseaux.

Les résultats, d’abord rapportés en français par l’AFP et repris notamment par le Journal de Montréal, ont également fait l’objet d’une analyse détaillée publiée vendredi par EnergyNews.pro.

Une baisse d’environ 2 % de la diversité aviaire

L’équipe menée par Huiming Zhang, de l’Université des sciences et technologies de l’information de Nanjing, a étudié les effets de l’expansion photovoltaïque en Chine entre 2014 et 2023.

Les chercheurs ont combiné les politiques gouvernementales favorisant le solaire avec des données météorologiques, socio-économiques et d’utilisation du territoire ainsi que des observations d’oiseaux provenant de programmes de science participative.

Le résultat est relativement constant : plus les politiques favorisant le photovoltaïque étaient importantes, plus la diversité aviaire avait tendance à diminuer.

Une augmentation d’un écart-type de l’intensité de ces politiques était associée à une réduction de 2,1 % de l’indice de biodiversité aviaire. Présenté autrement par EnergyNews.pro et l’AFP, une hausse de quatre points de l’indice mesurant l’intensité des politiques solaires correspondait à une diminution d’environ 2 % de l’indice de Shannon, couramment utilisé pour mesurer la diversité des espèces.

L’effet demeure qualifié de modéré par les chercheurs, mais il apparaît suffisamment systématique pour être statistiquement significatif.

Les oiseaux sédentaires comme les oiseaux migrateurs ont été touchés. À l’inverse, les espèces vivant principalement en montagne, où les grands parcs photovoltaïques sont moins présents, n’ont pas subi de diminution comparable.

Le problème vient surtout de l’utilisation du territoire

Ce n’est pas nécessairement le panneau solaire lui-même qui constitue le principal problème.

L’étude pointe plutôt vers la transformation des habitats nécessaire pour installer de grandes superficies photovoltaïques.

Des terres agricoles et des prairies jusque-là composées d’habitats relativement diversifiés ont notamment été converties en terrains aménagés pour produire de l’électricité. Cette transformation réduit la diversité de la végétation et modifie les habitats disponibles pour les oiseaux.

Les auteurs ont même observé un phénomène paradoxal.

La quantité totale de végétation pouvait augmenter après l’aménagement des sites solaires, notamment en raison des obligations chinoises de végétalisation. Mais cette végétation devenait simultanément plus homogène et moins intéressante sur le plan écologique.

Les chercheurs utilisent l’expression « inferior greening », que l’on pourrait traduire par une végétalisation de moindre qualité : davantage de couverture végétale, mais moins de variété dans les habitats qu’elle procure.

Autrement dit, planter de la végétation autour ou sous des panneaux ne suffit pas nécessairement à remplacer l’écosystème qui existait auparavant.

Les conséquences sont plus importantes hors des déserts

L’effet négatif observé n’est d’ailleurs pas uniforme.

Les pertes de biodiversité étaient particulièrement importantes dans les régions plus riches économiquement et situées hors des zones désertiques, là où les écosystèmes sont généralement plus complexes et où la conversion des terres élimine davantage d’habitats existants.

Ce constat explique pourquoi les chercheurs recommandent notamment de privilégier, lorsque cela est possible, des zones présentant déjà une faible biodiversité plutôt que des terres agricoles, des prairies ou des habitats naturels particulièrement riches.

L’enjeu risque de prendre de l’importance à mesure que les superficies nécessaires à la production solaire augmentent.

Selon les données rapportées par l’AFP, l’empreinte des installations photovoltaïques chinoises atteignait déjà environ 4 520 km² en 2024. La Chine comptait alors près de 886 GW de capacité photovoltaïque installée, après avoir ajouté plus de 277 GW pendant la seule année 2024.

Un « dilemme écologique » plutôt qu’une condamnation du solaire

Les auteurs prennent toutefois soin de ne pas présenter leurs travaux comme un argument contre les énergies renouvelables.

Huiming Zhang explique à l’AFP que le développement solaire peut involontairement avoir des conséquences sur la biodiversité locale, mais que la conclusion à en tirer n’est pas de ralentir la transition énergétique.

Il faudrait plutôt, selon lui, tenir davantage compte des écosystèmes dans le choix des sites et dans leur aménagement.

L’étude parle ainsi d’un véritable « dilemme vert » : une politique visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre peut parallèlement accentuer une autre pression environnementale, celle exercée sur la biodiversité.

Le phénomène ne semble d’ailleurs pas limité au solaire. Dans un commentaire accompagnant l’étude, Yuanning Liang, de l’Université de Pékin, souligne que des arbitrages semblables existent avec d’autres formes d’énergie renouvelable, notamment l’éolien.

Une autre étude publiée en juin dans Nature Ecology & Evolution arrivait à un constat connexe : le développement futur du solaire et de l’éolien nécessaire à l’atteinte des objectifs climatiques chinois risque d’entrer en conflit avec plusieurs zones importantes pour la biodiversité, et la manière dont les installations sont localisées peut modifier considérablement l’ampleur de ces impacts.

Il n’existe pas d’énergie sans empreinte

Ces travaux rappellent finalement une réalité parfois perdue dans le débat énergétique : produire de l’énergie exige presque toujours des infrastructures, des matériaux, du territoire et des compromis environnementaux.

Les combustibles fossiles produisent des émissions et comportent leurs propres risques environnementaux. Les barrages hydroélectriques inondent des territoires et transforment des cours d’eau. Les éoliennes nécessitent de vastes superficies et peuvent affecter certaines populations d’oiseaux et de chauves-souris. Les centrales nucléaires produisent des déchets qui doivent être gérés pendant de longues périodes.

Le solaire n’échappe pas à cette règle.

Son bilan climatique demeure très différent de celui des combustibles fossiles, mais une faible émission de carbone pendant la production d’électricité ne signifie pas absence d’impact écologique.

C’est précisément la nuance apportée par cette nouvelle étude chinoise : la transition énergétique ne consiste pas uniquement à choisir entre des technologies « propres » et « polluantes ». Elle implique plutôt de comparer différentes formes d’impacts et de déterminer comment produire l’énergie nécessaire tout en réduisant autant que possible leurs conséquences.

Pour les auteurs de l’étude, la solution passe notamment par une sélection beaucoup plus rigoureuse des sites, la protection des habitats sensibles et une végétalisation reproduisant davantage la diversité des écosystèmes naturels.

Le véritable enjeu n’est donc peut-être pas de chercher une énergie parfaitement sans conséquence — elle n’existe vraisemblablement pas — mais de reconnaître honnêtement les compromis propres à chacune des solutions énergétiques.

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