Le système de santé à bout de souffle : l’accès au médecin de famille se détériore partout au Canada

Pendant longtemps, le Canada s’est enorgueilli de son système de santé universel, présenté comme un pilier de la cohésion sociale et un marqueur identitaire face au modèle américain. Or, derrière cette image institutionnelle rassurante, la réalité vécue par des millions de Canadiens s’éloigne de plus en plus du discours officiel. Accéder à un médecin de famille, obtenir un rendez-vous rapide ou même recevoir des soins d’urgence devient, pour une part croissante de la population, un parcours semé d’obstacles.

Un nouvel état des lieux dressé par l’Institut Angus Reid, et rapporté par Dorcas Marfo pour CTV News, confirme que cette crise d’accès n’est plus marginale, mais bien structurelle.

Une détérioration nette sur dix ans

Selon les données publiées jeudi et relayées par CTV News, un Canadien sur deux éprouve désormais des difficultés à accéder à un médecin de famille ou n’en a tout simplement pas. Cette proportion marque une hausse marquée par rapport à 2015, où 40 % des Canadiens se trouvaient dans cette situation. En une décennie, la part de la population privée d’un accès adéquat à la première ligne a donc augmenté de 25 %, une évolution que Dorcas Marfo qualifie de particulièrement préoccupante dans son article du 5 février 2026.

Le phénomène s’enracine dans la durée : un Canadien sur huit affirme chercher un médecin de famille depuis plus d’un an, ou avoir carrément renoncé à cette démarche. Cette résignation silencieuse illustre l’érosion de la confiance envers un système censé garantir un accès équitable aux soins essentiels.

Des délais de plus en plus incompatibles avec la réalité médicale

Même pour ceux qui disposent officiellement d’un médecin de famille, l’accès rapide aux soins devient l’exception plutôt que la norme. Toujours selon les données de l’Institut Angus Reid citées par CTV News, seulement 15 % des Canadiens disent pouvoir obtenir un rendez-vous dans un délai d’un ou deux jours, contre 24 % en 2015. Cette chute de neuf points en dix ans traduit une congestion chronique de la première ligne, qui finit par se répercuter sur l’ensemble du réseau.

Les conséquences sont tangibles. Parmi les Canadiens ayant cherché des soins médicaux au cours des six derniers mois, deux personnes sur cinq déclarent avoir eu de la difficulté à obtenir un test diagnostique. Près de la moitié rapportent des obstacles pour accéder à une chirurgie, tandis que 56 % disent avoir eu de la difficulté à obtenir un rendez-vous avec un spécialiste, selon les chiffres rapportés par Dorcas Marfo.

Plus inquiétant encore, 52 % des répondants affirment avoir rencontré des barrières dans l’accès aux soins d’urgence, un constat qui remet en question la capacité du système à remplir sa mission la plus fondamentale : répondre rapidement lorsque la santé ou la vie est en jeu.

Plus de médecins, mais moins d’accès

L’un des constats les plus déroutants mis en lumière par CTV News concerne le décalage entre les ressources disponibles et l’expérience des patients. Des données de l’Institut canadien d’information sur la santé montrent que, depuis 2015, le nombre de médecins de famille par habitant a augmenté à l’échelle nationale et dans presque toutes les provinces, à l’exception de l’Alberta et de l’Ontario.

Pourtant, ces gains quantitatifs ne se traduisent pas par une amélioration de l’accès. L’Institut Angus Reid, cité dans l’article, évoque plusieurs facteurs explicatifs : le vieillissement de la population, la complexification des besoins médicaux, mais aussi la transformation du modèle de pratique, avec davantage de cliniques à champ d’intervention restreint et une spécialisation accrue au sein même de la médecine familiale. Résultat : moins de patients suivis, moins de disponibilité, et une pression accrue sur les autres niveaux du système.

Dépenses records, confiance en chute libre

Cette crise d’accès survient dans un contexte paradoxal de dépenses historiques. Comme le rapporte Dorcas Marfo pour CTV News, les dépenses totales en santé au Canada sont passées d’environ 219 milliards de dollars en 2015 à près de 400 milliards aujourd’hui, incluant une hausse d’environ 130 milliards de dollars en dépenses publiques.

Malgré cet afflux massif de ressources, sept Canadiens sur dix estiment que la qualité des soins de santé dans leur province s’est détériorée au cours de la dernière décennie. Cette perception alimente une anxiété diffuse : près de trois Canadiens sur cinq disent ne pas être confiants de pouvoir obtenir des soins rapides en cas d’urgence médicale, une inquiétude lourde de conséquences sur le sentiment de sécurité collective.

Un désaveu politique largement partagé

L’insatisfaction ne se limite pas au fonctionnement clinique du système. Elle touche directement la sphère politique. Selon le sondage cité par CTV News, plus de 70 % des Canadiens se disent insatisfaits de la manière dont leur gouvernement provincial gère le dossier de la santé. Ce désaveu transversal témoigne d’un fossé grandissant entre les promesses politiques, les investissements annoncés et la réalité vécue sur le terrain.

Des disparités régionales marquées, Québec en première ligne

Si la crise est nationale, certaines régions se distinguent par l’ampleur des difficultés. La Saskatchewan affiche l’un des bilans les plus sévères : 41 % des résidents disent avoir de la difficulté à accéder à un médecin de famille, tandis que 22 % n’en ont pas du tout, selon les données rapportées par Dorcas Marfo.

Le Québec suit de près. Près du tiers des Québécois n’ont pas de médecin de famille, et 29 % supplémentaires jugent l’accès difficile. La province se démarque aussi par la durée des recherches : près d’un Québécois sur cinq affirme chercher un médecin depuis plus d’un an, un délai qui illustre l’enracinement du problème.

Les provinces de l’Atlantique affichent elles aussi des niveaux élevés de tension, avec 39 % des résidents évoquant des difficultés d’accès et 21 % déclarant être sans médecin de famille, selon CTV News.

Une crise systémique, pas un simple accident de parcours

L’enquête de l’Institut Angus Reid, menée auprès de plus de 4 000 adultes canadiens entre le 26 novembre et le 1er décembre 2025, dresse le portrait d’un système de santé structurellement désaligné entre ses moyens, son organisation et les besoins réels de la population. Comme le souligne Dorcas Marfo dans CTV News, l’enjeu ne se limite plus à une pénurie ponctuelle ou à des retards conjoncturels : il touche désormais la capacité même du système à tenir ses promesses fondamentales.

À mesure que les délais s’allongent, que les dépenses explosent et que la confiance s’érode, une question s’impose avec de plus en plus d’insistance : comment réconcilier l’universalité proclamée du système de santé canadien avec une accessibilité qui, pour beaucoup, n’existe plus que sur le papier?

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