L’effondrement de la « troisième voie » caquiste et le retour de la question nationale

Pendant près d’une décennie, la Coalition avenir Québec a vendu aux Québécois un rêve politique singulier : celui d’une voie médiane entre l’indépendantisme assumé du Parti Québécois et le fédéralisme traditionnel du Parti libéral. François Legault, lui-même ancien péquiste, promettait de dépasser le vieux clivage constitutionnel par un pragmatisme économique et une autonomie provinciale renforcée à l’intérieur du Canada.

À l’été 2025, ce pari idéologique montre ses limites. Les sondages en baisse, les défaites électorales et les départs d’électeurs vers d’autres partis traduisent une réalité devenue difficile à ignorer : la « fatigue » constitutionnelle qu’on croyait durable n’était qu’un répit. Les gains obtenus auprès d’Ottawa ont été modestes, sinon inexistants, et l’impression générale est celle d’un gouvernement qui parle haut mais qui recule au moment de trancher.

Les dernières années ont agi comme un révélateur. Les tensions sur l’immigration, la fragilisation du français, l’ingérence fédérale dans des domaines jugés essentiels par les Québécois et la difficulté de maintenir des services publics performants ont ramené au premier plan des réflexes identitaires plus affirmés. Dans ce contexte, les mesures adoptées par la CAQ apparaissent insuffisantes pour ceux qui souhaitent une protection ferme de la langue et des pouvoirs québécois, tandis que les compromis avec Ottawa déçoivent même les nationalistes modérés.

Les succès récents du Parti Québécois, notamment dans certaines partielles, illustrent un mouvement plus profond. De plus en plus de jeunes et d’électeurs en région rejettent l’idée que la défense de la nation puisse se faire sans rouvrir la question constitutionnelle. La « troisième voie » se retrouve piégée : trop tiède pour les souverainistes, trop nationaliste pour les fédéralistes. D’où également le grand retour des libéraux dans l’arène politique. Ils mobilisent déjà les tenants du Non, qui savent que leur avenir n’est plus garanti par le compromis caquiste.

En vérité, le cycle ouvert après le référendum de 1995, fondé sur l’idée que la prospérité économique pouvait reléguer la question nationale au second plan, semble toucher à sa fin. Au Québec, l’économie et la culture sont intimement liées, et le français comme des institutions propres au Québec demeure au cœur de l’identité collective. L’échec de la CAQ à offrir une alternative crédible et durable pourrait bien préparer le terrain à un retour plus franc de l’option souverainiste.

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