Lors du débat en français tenu à Montréal, quatre des cinq aspirants à la direction ont exprimé une opposition nette à l’idée que l’ex-ministre puisse rejoindre leurs rangs. Heather McPherson, députée d’Edmonton et seule élue présente dans la course, a été particulièrement directe. Comme l’explique Rahim Mohamed du National Post, McPherson estime que Guilbeault, profondément en désaccord avec l’accord conclu entre Ottawa et l’Alberta pour avancer un nouveau pipeline vers la côte Ouest, aurait dû quitter non seulement le cabinet, mais également le Parti libéral s’il jugeait l’entente réellement inacceptable.
Selon ce que rapporte Mohamed, McPherson voit dans ce geste une incohérence : « s’il croyait que c’était une faute fondamentale, pourquoi ne pas avoir quitté son caucus ? » Pour elle, quitter ses responsabilités ministérielles sans remettre en question son appartenance libérale n’est qu’une demi-mesure, sans véritable portée politique. La députée a d’ailleurs réaffirmé sa ligne rouge : le NPD ne veut pas de transfuges.
Avi Lewis, cinéaste et candidat à la direction, a été encore plus bref. Mohamed relate qu’il a simplement répondu « Non ! » lorsqu’on lui a demandé si le NPD devait accueillir Guilbeault. De son côté, Rob Ashton, dirigeant syndical et ancien débardeur, a rappelé que les électeurs de Laurier–Sainte-Marie avaient eu l’occasion de choisir la néo-démocrate Nima Machouf lors de l’élection partielle d’avril, et qu’elle aurait, selon lui, servi la communauté avec davantage de constance. Ashton insiste sur l’importance d’un engagement clair et durable plutôt que d’un repositionnement personnel en période de tensions politiques.
La seule voix dissonante parmi les cinq est celle de Tony McQuail, agriculteur biologique et candidat se décrivant comme « progressiste vert ». Mohamed rapporte qu’il serait prêt à accueillir Guilbeault « aujourd’hui même ». McQuail représente la minorité dans un parti qui, pour l’instant, semble vouloir éviter toute ambiguïté idéologique.
Enfin, Tanille Johnston, élue municipale sur l’île de Vancouver, juge que les libéraux désillusionnés ne devraient pas être une priorité pour le recrutement néo-démocrate. Comme elle l’explique à Mohamed, si des élus libéraux ont dû attendre une entente sur un pipeline pour conclure que le Parti libéral n’était pas fait pour eux, le NPD n’a pas nécessairement intérêt à entamer une telle relation politique.
L’enjeu met en lumière une dynamique de fond au NPD : préserver une cohérence doctrinale au moment où Ottawa renoue avec une vision plus pragmatique du secteur énergétique. La démission de Guilbeault est directement liée à l’accord signé par le premier ministre Mark Carney et la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith. Ottawa a promis de suspendre les nouvelles normes énergétiques défendues par Guilbeault lorsqu’il était ministre de l’Environnement, en échange d’une collaboration provinciale sur un futur pipeline vers la côte Ouest. Cette décision a créé un choc dans l’aile écologiste libérale, dont Guilbeault est l’une des figures les plus connues.
Mohamed souligne que plusieurs députés libéraux de la Colombie-Britannique avaient déjà manifesté leur inconfort face à un éventuel assouplissement des règles encadrant le trafic pétrolier sur la côte. Le débat néo-démocrate, prévu de nouveau en février dans la région du Lower Mainland, promet donc d’être suivi de près dans une province particulièrement sensible aux questions énergétiques.
Au-delà des divergences internes, le reportage de Rahim Mohamed montre surtout la volonté du NPD de tenir une ligne claire : éviter d’être perçu comme un refuge pour élus libéraux en rupture temporaire avec leur parti. Dans une logique de cohérence politique — un parti doit rester fidèle à ses idées plus qu’aux personnalités qui passent — les candidats veulent affirmer que l’intégrité programmatique prime sur les fluctuations individuelles. Guilbeault, malgré sa défense de longue date des politiques climatiques, n’est pas perçu comme un renfort, mais comme un symbole d’instabilité chez les libéraux.
Le message envoyé par les quatre principaux candidats, rapporte Mohamed, est sans équivoque : le NPD veut des militants, pas des transfuges. Et s’il y a un débat sur l’avenir énergétique du pays, il doit se faire dans la fidélité aux principes néo-démocrates, sans importer les contradictions internes du Parti libéral.



