Les autorités frontalières canadiennes dépassées par les étrangers criminels en cavale

Les autorités frontalières canadiennes font face à un défi de taille : retrouver et expulser des centaines d’étrangers ayant des antécédents criminels. Selon les informations rapportées par Spencer Van Dyk pour CTV News, près de 600 ressortissants étrangers reconnus coupables de crimes au Canada échappent actuellement à la vigilance de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

Au 15 juillet 2025, l’ASFC recensait 1 635 étrangers ayant des casiers judiciaires visés par une mesure de renvoi. Parmi eux, 599 — soit plus d’un tiers — ne se sont pas présentés à leur audience de renvoi, et leur localisation est aujourd’hui inconnue. De façon inquiétante, plus de 70 % de ces individus en fuite ont été condamnés pour des crimes considérés comme de « grande criminalité » au Canada, ce qui inclut notamment des infractions passibles de six mois à dix ans d’incarcération, comme des agressions sexuelles graves, des vols qualifiés ou des délits mixtes tels que la conduite avec facultés affaiblies.

Luke Reimer, porte-parole de l’ASFC, a confirmé par courriel que l’agence a l’obligation de procéder à l’expulsion des personnes frappées d’un ordre de renvoi exécutoire « le plus rapidement possible » afin d’assurer la sécurité du public canadien. L’ASFC gère ces cas en fonction d’un système de gestion des risques, priorisant ceux qui posent une menace plus importante.

Les données communiquées révèlent que 193 cas figurent sur la liste des personnes recherchées depuis moins d’un an, tandis que 315 s’y trouvent depuis plus de trois ans. L’ASFC indique que ses agents mènent des enquêtes proactives pour localiser les individus faisant l’objet d’un mandat d’immigration. Toutefois, les personnes recherchées ont souvent recours à de fausses identités ou bénéficient de la protection de proches et de membres de leur communauté.

Reimer précise que l’agence accorde la priorité aux cas d’« inadmissibilité grave », notamment en lien avec le crime organisé, les atteintes aux droits de la personne, ou les risques pour la sécurité. Viennent ensuite les entrées irrégulières par des migrants, les demandeurs d’asile déboutés, puis les autres infractions à la loi sur l’immigration.

La législation canadienne a pourtant été durcie en 2013, avec l’adoption par le gouvernement de la Loi sur le renvoi plus rapide des étrangers criminels. Cette réforme visait à rendre plus difficile la contestation des mesures de renvoi pour les étrangers et résidents permanents ayant été condamnés pour des crimes graves.

L’avocat spécialisé en immigration Yoann Axel Emian, dans un article publié pour l’Association canadienne des avocats en droit de l’immigration, souligne que ces expulsions, bien qu’administratives, ont des conséquences humaines lourdes : « Une décision judiciaire en apparence banale peut entraîner l’expulsion d’un individu vers un pays qu’il n’a pas connu depuis l’enfance. »

Emian affirme également que cette réforme législative a « resserré le lien entre condamnations criminelles et expulsions du Canada ». Malgré cela, certains juges tentent encore d’atténuer les effets de cette législation dans leurs décisions.

Malgré les obstacles, l’ASFC a établi un record avec 18 000 expulsions en 2024. Le plan frontalier canadien, dévoilé en décembre dernier, vise à augmenter ce chiffre à 20 000 expulsions dans les deux prochaines années. Ce plan a été conçu notamment en réponse aux menaces tarifaires de l’ex-président américain Donald Trump, exigeant que le Canada contrôle mieux les flux de drogues et de migrants traversant la frontière.

Le gouvernement, dans son énoncé économique de l’automne 2024, a par ailleurs promis un renforcement du financement de l’ASFC, notamment pour accroître les capacités d’enquête en immigration.

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