Le poids de la fiscalité au Canada atteint un niveau particulièrement révélateur : la famille canadienne moyenne consacre désormais davantage de son revenu aux taxes et impôts qu’à se loger, se nourrir et se vêtir réunis.
C’est le constat spectaculaire qui ressort de l’édition 2026 du Canadian Consumer Tax Index, publiée par l’Institut Fraser. Selon les calculs de l’organisme, 41,9 % du revenu de la famille canadienne moyenne est absorbé par l’ensemble des taxes et impôts, contre 36 % pour les trois nécessités de base que sont le logement, la nourriture et les vêtements.
Pour une famille moyenne disposant en 2025 d’un revenu comptant de 121 111 $, cela représente une facture fiscale totale de 50 721 $.
À titre de comparaison, cette même famille dépense en moyenne 27 686 $ pour se loger, 13 249 $ pour se nourrir et 2 722 $ pour se vêtir, soit environ 43 657 $ au total. Autrement dit, la facture fiscale dépasse d’un peu plus de 7 000 $ l’ensemble de ces trois dépenses essentielles.
Le graphique présenté à la page 8 de l’étude résume brutalement la situation : sur chaque dollar de revenu, 41,9 cents vont aux gouvernements, 22,9 cents au logement, 10,9 cents à la nourriture et 2,2 cents aux vêtements. Les 22,1 % restants couvrent tout le reste, notamment le transport, les soins de santé payés directement, les télécommunications, les loisirs, l’éducation et d’autres dépenses des ménages.
Un renversement complet depuis 1961
La comparaison historique est encore plus frappante.
En 1961, la situation était presque exactement inverse. La famille canadienne moyenne consacrait 56,5 % de son revenu au logement, à l’alimentation et aux vêtements, tandis que 33,5 % allait aux taxes et impôts.
En 2025, les nécessités de base ne représentent plus que 36 % du revenu, tandis que la fiscalité en absorbe 41,9 %.
Le croisement ne date d’ailleurs pas d’hier. Dès 1981, les deux catégories étaient pratiquement à égalité : 40,8 % du revenu allait aux taxes, contre 40,5 % aux trois nécessités. Après s’être croisées de nouveau en 1992, les courbes se sont graduellement éloignées.
Le graphique de l’Institut Fraser couvrant la période 1961-2025 montre ainsi une progression impressionnante de la facture fiscale, qui finit par dépasser nettement chacune des principales dépenses des ménages.
Une facture fiscale qui a augmenté de 2 928 %
L’Institut Fraser mesure également l’évolution du fardeau fiscal depuis 1961 à l’aide de son Canadian Consumer Tax Index.
En dollars nominaux, la famille moyenne payait 1 675 $ de taxes en 1961. Elle en paie aujourd’hui 50 721 $.
Cela correspond à une augmentation de 2 928 % en 64 ans.
Bien entendu, une partie considérable de cette hausse s’explique par l’inflation et l’augmentation des revenus. Mais même une fois corrigée pour l’inflation, la facture fiscale de la famille moyenne a augmenté de 189,5 % depuis 1961.
L’étude montre surtout que les taxes ont progressé beaucoup plus rapidement que la plupart des autres grandes composantes du budget familial.
Depuis 1961, le revenu comptant moyen a augmenté de 2 322 % et les dépenses de logement de 2 349 %. Pendant ce temps, les dépenses alimentaires ont augmenté de 952 %, celles consacrées aux vêtements de 526 % et l’indice général des prix à la consommation de 946 %.
La facture fiscale, elle, a bondi de 2 928 %.
Autrement dit, les taxes ont augmenté non seulement beaucoup plus rapidement que les prix à la consommation, mais également davantage que le revenu moyen des familles canadiennes.
Ce que comprend réellement cette facture de 50 721 $
Le chiffre avancé par l’Institut Fraser va beaucoup plus loin que le simple impôt fédéral et provincial apparaissant sur une déclaration de revenus.
L’organisme additionne les impôts sur le revenu, les cotisations sociales et taxes liées à la santé, les taxes de vente, les taxes foncières, les taxes sur l’essence et les véhicules, les taxes sur le carbone, les droits de douane, les taxes sur l’alcool et le tabac ainsi que plusieurs autres prélèvements.
L’Institut inclut également dans son calcul une part des taxes imposées aux entreprises, en partant du principe que leur coût finit par être transféré aux particuliers par l’intermédiaire des prix, des salaires ou des rendements.
Sur les 50 721 $ attribués à la famille moyenne en 2025, l’impôt sur le revenu représente 16 085 $, les cotisations sociales et taxes liées à la santé 11 312 $, les taxes de vente 6 972 $, les taxes foncières 4 307 $ et les impôts sur les profits attribués aux ménages 7 182 $.
S’ajoutent ensuite les taxes d’accise, les taxes sur les carburants et les véhicules, les droits de douane et différents autres prélèvements.
Il s’agit donc d’une mesure du fardeau fiscal global, et non uniquement de ce que le contribuable voit directement disparaître de sa paie.
Et cela ne tient même pas pleinement compte des déficits
L’Institut Fraser pousse son raisonnement encore plus loin en rappelant que les dépenses gouvernementales financées par déficit ne disparaissent pas simplement parce qu’elles ne sont pas couvertes immédiatement par des taxes.
Elles constituent, selon les auteurs, une forme d’imposition différée, puisque la dette contractée aujourd’hui devra ultimement être financée par des recettes gouvernementales futures.
L’étude souligne que les gouvernements fédéral et provinciaux prévoyaient collectivement des déficits de 107,3 milliards de dollars pour l’exercice 2025-2026.
Si les gouvernements avaient plutôt équilibré immédiatement leurs budgets en augmentant les prélèvements, estime l’Institut Fraser, l’augmentation de la facture fiscale depuis 1961 atteindrait 3 234 % plutôt que 2 928 %.
Une illustration particulièrement concrète du fardeau fiscal
Les débats sur le niveau de taxation au Canada portent souvent sur quelques points de pourcentage d’impôt sur le revenu, sur une taxe particulière ou sur les différences entre provinces.
Le calcul de l’Institut Fraser permet d’observer le phénomène sous un angle beaucoup plus concret : le gouvernement constitue désormais, selon cette méthodologie, le premier poste de dépenses de la famille canadienne moyenne.
Même dans un contexte où le logement est devenu extrêmement coûteux et où l’augmentation du prix des aliments préoccupe constamment les ménages, ces trois besoins fondamentaux réunis demeurent moins coûteux que l’ensemble des prélèvements fiscaux attribués à une famille moyenne.
Il faut toutefois préciser que les données de dépenses de 2024 et 2025 utilisées par l’Institut Fraser sont des estimations fondées sur l’Enquête sur les dépenses des ménages de 2023 de Statistique Canada, ajustées ensuite pour tenir compte de l’inflation.
Cela ne change toutefois pas l’ordre de grandeur mis en évidence par l’étude.
En 1961, les Canadiens consacraient près de deux fois plus de leur revenu aux besoins essentiels qu’aux taxes. Six décennies plus tard, la relation s’est renversée : la facture fiscale dépasse désormais celle du logement, de la nourriture et des vêtements combinés.
Un chiffre qui donne une dimension particulièrement tangible à ce que signifie, pour les ménages, le poids de l’État dans l’économie canadienne.



