Dans un article publié depuis Rome par Angela Giuffrida dans The Guardian, le portrait du pape Léon XIV après trois mois de pontificat révèle un homme mesuré, attaché à l’écoute, à l’unité et à la discrétion. Successeur du feu pape François, Léon XIV, ancien cardinal Robert Prevost et premier pape américain de l’histoire, s’inscrit dans une continuité progressive tout en marquant un retour à certaines traditions du Vatican.
Peu après son élection en mai, Léon XIV s’est rendu sans cérémonie au siège international de l’ordre des Augustins, auquel il appartient. C’était là une visite hautement symbolique, marquant l’importance qu’il accorde à ses racines spirituelles. Selon Pasquale Cormio, recteur de la basilique Saint-Augustin à Rome et ancien camarade de séminaire, « il était conscient du poids de son rôle, mais il a dit : “Je ne cesserai jamais d’être votre frère.” »
Contrairement à son prédécesseur jésuite, dont les débuts furent marqués par une série de gestes forts — voyage au Brésil, déclarations médiatiques, réformes rapides —, Léon XIV adopte un style plus intériorisé. Il vit désormais dans le palais apostolique, utilise des moyens de transport moins modestes et a relancé les séjours papaux à Castel Gandolfo, abandonnés par François.
Angela Giuffrida explique que cette discrétion n’est pas synonyme d’inaction. Au contraire, Léon XIV multiplie les audiences et les rencontres, mais sans annoncer de nominations majeures. Comme le souligne Christopher White, auteur du livre Pope Leo XIV: Inside the Conclave and the Dawn of a New Papacy, le nouveau pape est un gestionnaire introverti, qui « préfère faire ses devoirs » et « garde ses cartes près de sa poitrine ».
En revanche, sur le plan géopolitique, il s’est déjà affirmé avec vigueur. Il a rencontré deux fois le président ukrainien Volodymyr Zelensky, s’est entretenu au téléphone avec Vladimir Poutine et a proposé que le Vatican joue un rôle actif dans des pourparlers de paix. Surtout, il a haussé le ton contre la guerre menée par Israël à Gaza. Après une attaque ayant causé la mort de civils dans la seule église catholique de la bande de Gaza, il a reçu un appel du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Peu après, il a condamné l’« usage indiscriminé de la force » par Israël, qualifiant les événements de « barbarie ».
Le journaliste Marco Politi, auteur du livre La révolution inachevée : l’Église après François, remarque que « Léon avance prudemment mais ses dénonciations sont plus claires ». Selon lui, ce changement de ton diplomatique pose problème à Israël car Léon ne peut pas être caricaturé comme l’était parfois François : ses positions paraissent d’autant plus réfléchies qu’il n’est ni impulsif ni sujet aux gaffes.
Dans sa messe d’inauguration, le pape Léon a d’ailleurs souligné qu’il ne comptait pas gouverner en solitaire. Il a symboliquement confié la parole aux cardinaux Parolin et Pizzaballa après l’attaque contre l’église de Gaza, évitant ainsi l’hyperpersonnalisation du pouvoir qui avait marqué le pontificat de François.
Enfin, sur le plan ecclésial, le défi principal de Léon XIV reste la réconciliation d’une Église fracturée par certaines initiatives de son prédécesseur. Toutefois, comme l’indique Politi, son élection en conclave visait précisément à bloquer un retour en arrière prôné par les ultra-conservateurs : « Léon a été choisi pour signifier que l’Église avance, qu’elle ne recule pas. »
Ainsi, en ce début de pontificat, Léon XIV s’impose comme un pape à la fois fidèle à l’élan réformateur de François, mais déterminé à gouverner autrement : par la consultation, l’écoute et la prudence stratégique.



