Alors que le Canada continue de s’appuyer largement sur l’immigration économique pour soutenir sa démographie et sa main-d’œuvre, un nouvel ensemble de données vient complexifier ce récit. Une analyse commandée par l’Institute for Canadian Citizenship (ICC) révèle que les immigrants les plus scolarisés — ceux que la politique publique présente souvent comme la clé du dynamisme économique — sont aussi les plus susceptibles de quitter le pays après seulement quelques années. CTV News, par la journaliste Judy Trinh, rapporte que cette réalité pourrait transformer la compréhension que le Canada a de son propre modèle d’attraction des talents.
Les constats du rapport « The Leaky Bucket 2025 »
Selon les informations rapportées par Judy Trinh pour CTV News, l’étude intitulée The Leaky Bucket 2025 montre qu’un immigrant sur cinq quitte le Canada dans les 25 années suivant son arrivée, la majorité des départs survenant autour de la cinquième année. Ce phénomène, qualifié d’« onward migration », s’observe depuis quatre décennies sans diminution notable.
Mais l’élément le plus marquant, selon les données publiées et relayées par CTV News, concerne le niveau de qualification :
- Les personnes titulaires d’un doctorat sont plus de deux fois plus susceptibles de quitter le Canada que celles qui détiennent un simple baccalauréat.
- Lorsque les perspectives professionnelles ne permettent aucune progression salariale, le taux grimpe à trois fois plus élevé.
- Les secteurs où l’on observe la croissance la plus rapide combinée à une rétention faible incluent :
gestion en finance et affaires, technologies de l’information, ingénierie, architecture, manufacturier et procédés industriels.
Judy Trinh rapporte également que, toujours selon l’ICC, les gestionnaires expérimentés et cadres quittent le pays à un taux équivalant à 193 % de la moyenne de tous les immigrants. Les professionnels de la santé quittent, eux, à un taux 36 % supérieur à la moyenne.
Le profil des personnes qui partent
La journaliste de CTV News précise que l’ICC a analysé des données longitudinales de Statistique Canada reliant dossiers d’immigration et données fiscales, couvrant les admissions entre 1982 et 2020. Plus de 60 % des personnes incluses dans l’échantillon provenaient de la catégorie économique, c’est-à-dire des individus sélectionnés expressément pour leurs compétences.
Le rapport souligne aussi que les services d’intégration actuels ciblent surtout les personnes ayant des difficultés linguistiques, alors que les immigrants hautement qualifiés n’utilisent pratiquement pas ces services — ce qui laisse un vide quant aux mécanismes de rétention adaptés à leur réalité.
Les préoccupations exprimées par l’ICC
Interrogé par CTV News, Daniel Bernhard, chef de la direction de l’ICC, affirme que la tendance pourrait nuire à la capacité du Canada d’atteindre certains objectifs économiques, notamment celui, fixé par le premier ministre Mark Carney, de doubler les exportations non américaines d’ici dix ans.
Bernhard explique à Judy Trinh que les immigrants qui repartent comptent souvent parmi ceux ayant une expérience internationale directement liée à la construction d’infrastructures, au développement de projets majeurs ou à la gestion d’industries où d’autres pays excellent en rapidité et en efficacité. Leur départ représente donc une perte d’expertise potentielle, selon son analyse relayée par CTV News.
Stabilisation des admissions et projections
CTV News rappelle que, dans son Rapport annuel sur l’immigration 2025, le gouvernement fédéral a décidé de stabiliser les niveaux d’admissions de résidents permanents à 380 000 par année jusqu’en 2028. Selon l’ICC, si les taux actuels d’« onward migration » demeurent constants, 20 241 immigrants quitteront le Canada d’ici 2031.
Bernhard, toujours cité par la journaliste Judy Trinh, estime que le gouvernement devrait élaborer une véritable stratégie de rétention. Il recommande notamment de repenser le rôle d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), qu’il décrit comme oscillant entre celui de « recruteur » et celui de « garde de sécurité ».



