On a pour habitude d’attribuer à la jeunesse des opinions plus progressistes, voire carrément plus de gauche. On pense souvent qu’une forme d’idéalisme insouciant est normale pendant la jeunesse, où le caractère se forme et l’expérience reste à faire. Or, au-delà de ces considérations assez superficielles, il appert que le contexte socio-économique y est pour beaucoup dans la formation des opinions chez les générations montantes, et qu’un effet de balancier fait s’alterner les préférences suivant les décennies.

Depuis quelque temps, de nombreux analystes affirment que la génération Z, les « zoomers », seront plus conservateurs que les milléniaux wokes qui les ont précédés.

Un peu à l’image des X, plus pragmatiques en raison des crises économiques et des craintes nucléaires que leurs parents boomers ayant vécu les trente glorieuses, les zoomers, qui ont grandi pendant la crise de 2008, la guerre au terrorisme et une pandémie, semblent aussi plus terre-à-terre que les milléniaux, qui ont pour leur part connu l’explosion d’espoir de « l’ouverture du monde » à la suite de la Chute de L’URSS, du début de la mondialisation et de l’arrivée d’internet et des réseaux sociaux.

En effet, la déferlante woke actuelle est le fait de l’arrivée des milléniaux sur le marché du travail ; une génération fortement idéaliste et techno, privilégiée et déterminée à « changer le monde » de manière radicale.

Or leurs petits frères et petites sœurs nés autour de l’an 2000 se font moins d’illusions quant à ce monde désenchanté. Ils n’ont pas grandi dans un contexte d’un monde à révolutionner, mais plutôt dans celui d’un monde à accepter et tolérer… dans tout ce qu’il a de plus délirant et inquiétant.

Aussi, dans une optique plus simple de confrontation générationnelle, la gravité pleurnicharde des milléniaux est maintenant moquée par les zoomers, plus cryptiques dans leur humour et plus franchement décomplexés dans leurs visées individualistes.

Les milléniaux wokes sont « out » ; les zoomers « edgy » sont « in ».

Ce n’est donc pas une surprise de découvrir dans un sondage Mainstreet la semaine dernière que les conservateurs de Poilièvre sont favoris chez les 18 à 34 ans au Canada. En effet, questionnés sur leurs intentions de vote si une élection avait lieu aujourd’hui, ils sont 46,5% à affirmer pencher pour le Parti Conservateur du Canada, contre seulement 27% pour les Libéraux de Justin Trudeau.

Bref, il est commun de mettre les zoomers et les milléniaux dans le même panier, et croire aveuglément que les plus jeunes suivent en masse les nouveaux délires wokes. Or le portrait est beaucoup plus nuancé ; les wokes forment une minorité bruyante qui porte ombrage à l’immense majorité de jeunes qui n’aspire qu’à un bon emploi, une belle maison et une vie de famille paisible.

Philippe Sauro-Cinq-Mars

Diplômé de science politique à l'Université Laval en 2017, Philippe Sauro Cinq-Mars a concentré ses recherches sur le post-modernisme, le populisme contemporain, la culture web et la géopolitique de l'énergie. Il est l'auteur du livre "Les imposteurs de la gauche québécoise", publié aux éditions Les Intouchables en 2018.

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