Le vol de véhicules au Canada est devenu une véritable économie parallèle. Avec la sophistication croissante des systèmes électroniques, l’explosion des VUS récents sur le marché et la demande mondiale pour des modèles faciles à revendre, le crime organisé s’est inséré dans une filière extrêmement rentable. Les autorités multiplient les plans d’action, mais les réseaux criminels réorientent constamment leurs stratégies, au point où les pertes annuelles dépassent désormais un milliard de dollars. C’est dans ce contexte que s’inscrit le reportage de Sean Boynton, publié le 18 novembre 2025 pour Global News, qui analyse les conclusions du nouveau rapport d’Équité Association sur les véhicules les plus ciblés au pays.
Les véhicules les plus ciblés : le RAV4 au sommet et la domination des VUS
Sean Boynton rapporte qu’en 2024, le Toyota RAV4 a été le véhicule le plus volé au pays, avec 2 080 vols répertoriés. Équité Association attribue cette position à trois éléments clés : une demande mondiale extrêmement forte, une grande facilité de revente dans plusieurs régions du globe, et une valeur marchande qui maximise les profits lorsqu’il est exporté illégalement. Le journaliste souligne que presque tous les modèles les plus ciblés sont des VUS ou des camionnettes, ce qui confirme la tendance observée depuis plusieurs années. Seule la Honda Civic fait exception dans un palmarès dominé par des véhicules robustes et très prisés sur les marchés étrangers.
Voici le palmarès complet des véhicules les plus volés, tel que rapporté par Équité Association et relayé par Global News :
- Toyota RAV4 — 2 080 vols
- Dodge Ram 1500 Series — 2 018 vols
- Honda CR-V — 1 911 vols
- Ford F-150 Series — 1 833 vols
- Honda Civic — 1 797 vols
- Jeep Wrangler — 1 491 vols
- Chevrolet/GMC Silverado/Sierra 1500 — 1 192 vols
- Toyota Highlander — 1 141 vols
- Toyota Tundra — 1 129 vols
- Lexus RX Series — 1 124 vols
Ces dix modèles représentent plus de 15 700 vols à eux seuls, et les véhicules 2020 et plus récents sont particulièrement prisés. Les voleurs exploitent les vulnérabilités des systèmes d’accès sans clé pour cloner les signaux, capturer les fréquences et contourner les dispositifs électroniques, ce qui leur permet de cibler précisément les modèles ayant la meilleure valeur de revente. Équité observe aussi une hausse marquée des vols de véhicules de luxe, notamment chez Lexus et Mercedes-Benz, où certains modèles présentent le taux de vol le plus élevé par rapport au nombre de véhicules assurés au Canada.
Un phénomène qui varie d’une région à l’autre
L’article de Sean Boynton met en lumière les écarts régionaux importants dans la façon dont les voleurs opèrent. En Ontario et au Québec, les réseaux privilégient les véhicules récents et coûteux destinés à l’exportation illégale. Les ports de Montréal, Halifax et Saint John demeurent des points névralgiques où les voitures sont rapidement chargées dans des conteneurs et expédiées hors du pays. Boynton cite Bryan Gast, vice-président national des services d’enquête chez Équité, qui explique que ces provinces forment le cœur commercial de l’industrie criminelle du vol de voitures, précisément en raison de leur accès aux installations portuaires.
En Alberta, la dynamique est différente. Les criminels ciblent encore fréquemment des véhicules plus anciens utilisés pour commettre des crimes locaux avant d’être abandonnés. C’est ce qui explique la présence surprenante d’un modèle comme le Chevrolet Silverado 2006 dans le top 10 national, une anomalie parmi les véhicules récents convoités ailleurs au pays. Cependant, il existe un glissement observable : même en Alberta, les vols de modèles récents augmentent désormais, les organisations criminelles faisant ensuite transporter ces véhicules par rail vers l’Est pour les expédier à l’étranger.
Une industrie criminelle hautement adaptative
Sean Boynton souligne que, malgré les efforts du gouvernement fédéral et des forces de l’ordre, les organisations derrière le vol automobile demeurent extrêmement adaptatives. Dans l’article, Bryan Gast explique que les criminels « ne quittent pas le secteur » et ajustent leurs méthodes à mesure que les risques augmentent. Le journaliste rappelle que le vol de véhicules demeure parmi les activités criminelles les plus rentables : faible risque, récompense élevée, et une chaîne logistique internationale déjà parfaitement rodée. Les profits servent souvent à financer des activités bien plus graves, allant du trafic d’armes au trafic de drogues, et dans certains cas, jusqu’au financement indirect d’organisations terroristes.
Le gouvernement fédéral a annoncé un plan national contre le vol de véhicules, et selon les informations rapportées par Global News, les mesures commencent à porter leurs fruits. Sécurité publique Canada indique que l’ASFC et la GRC ont augmenté les inspections de cargaisons, amélioré le partage de renseignements et intercepté 666 véhicules volés dès mai 2025, après une saisie de plus de 2 200 voitures en 2024. L’ASFC partage maintenant les données disponibles sur les numéros de série avec Équité et Carfax et évalue de nouvelles technologies pour renforcer les contrôles aux frontières.
Les constructeurs et les conducteurs également interpellés
Boynton rapporte que les assureurs exigent désormais des constructeurs automobiles une modernisation complète de leurs systèmes de sécurité afin de contrer les attaques électroniques, désormais responsables de la majorité des vols. Selon Équité, les standards actuels ne sont tout simplement plus à la hauteur des méthodes utilisées par les réseaux criminels.
Pour les propriétaires de véhicules, Sean Boynton relaie les recommandations de base : privilégier les garages fermés lorsque c’est possible, stationner dans des endroits bien éclairés et utiliser des dispositifs mécaniques comme les verrous de volant ou les bloque-pédales. Les traceurs GPS représentent aussi une option plus dissuasive qu’on ne le croit. Gast explique à Global News que chaque obstacle, même simple, peut suffire à détourner un voleur : ce qui compte, c’est le temps perdu, car le crime organisé privilégie la rapidité et l’efficacité.
La réalité est claire : même si les efforts gouvernementaux commencent à produire des résultats, cette industrie criminelle demeure l’une des plus lucratives au pays. Toute baisse apparente du nombre de vols doit être interprétée avec prudence, car les organisations criminelles réagissent immédiatement aux nouvelles mesures et réajustent leurs méthodes sans délais. Tant que la valeur de revente restera aussi élevée et que les dispositifs électroniques présenteront des failles exploitables, le Canada demeurera une cible de premier plan pour les réseaux internationaux de vol de véhicules.



