Les vols de voitures reculent enfin, mais les Canadiens demeurent méfiants

Pendant plusieurs années, le vol de véhicules est devenu l’un des symboles de la montée de la criminalité au Canada. Entre 2021 et 2023, le phénomène a explosé, particulièrement dans le corridor Toronto-Montréal, où des réseaux de crime organisé ont fait du trafic de voitures une industrie extrêmement lucrative. Les vols se sont multipliés, les invasions à domicile pour voler les clés des véhicules sont devenues plus fréquentes et des milliers d’automobiles ont quitté le pays dans des conteneurs à destination de l’Afrique de l’Ouest, du Moyen-Orient et d’autres marchés étrangers.

Cette crise avait culminé en 2023. Selon les estimations citées à l’époque par les corps policiers et les assureurs, le vol de véhicules rapportait près d’un milliard de dollars par année au crime organisé. À Toronto seulement, près de 27 000 véhicules avaient été dérobés en une seule année, soit l’équivalent d’un vol toutes les 17 minutes. L’ampleur du phénomène avait finalement forcé Ottawa à organiser un Sommet national sur le vol de véhicules en 2024, puis à mettre en œuvre un Plan d’action national visant notamment à renforcer les inspections portuaires, les enquêtes policières et les outils législatifs.

Deux ans plus tard, les résultats commencent enfin à se faire sentir.

Selon un nouveau sondage publié par l’Association Équité, les vols de véhicules ont diminué de 33 % à l’échelle canadienne depuis le sommet atteint en 2023. Cette baisse suggère que les efforts concertés des gouvernements, des assureurs, des services policiers et des autorités frontalières commencent à porter leurs fruits.

Pour autant, les Canadiens sont loin de considérer la bataille gagnée.

Le sondage, réalisé auprès de plus de 2 500 répondants, révèle que seulement 18 % des Canadiens estiment que les véhicules actuellement vendus sont réellement capables de résister aux méthodes modernes utilisées par les voleurs, comme les attaques par relais de clé électronique ou le reprogrammage des systèmes informatiques des véhicules.

Près des deux tiers des répondants (64 %) disent craindre que leur véhicule soit un jour volé, tandis que 35 % affirment avoir eux-mêmes été victimes d’un vol ou connaître une personne qui l’a été. En Ontario, province la plus durement frappée durant la crise, cette proportion atteint 40 %.

Pour Bryan Gast, vice-président national du renseignement et des enquêtes à l’Association Équité, cette méfiance s’explique facilement. Les progrès réalisés jusqu’à maintenant reposent surtout sur une meilleure répression du phénomène, alors que les véhicules eux-mêmes demeurent vulnérables aux techniques employées par les organisations criminelles.

Le message envoyé aux constructeurs automobiles est d’ailleurs très clair. Selon le sondage, 72 % des Canadiens souhaitent que les technologies antivol les plus avancées soient intégrées directement lors de la fabrication des véhicules plutôt que d’être offertes comme accessoires vendus après l’achat. Six répondants sur dix souhaitent également que le gouvernement fédéral impose des normes obligatoires en matière de protection contre le vol électronique.

Cette revendication reflète l’évolution même du crime. Aujourd’hui, les voleurs n’ont souvent plus besoin de fracasser une vitre ou de forcer une serrure. Les automobiles modernes sont devenues de véritables ordinateurs sur roues, et les organisations criminelles exploitent désormais des outils électroniques capables de contourner les systèmes d’immobilisation, de cloner ou de reprogrammer des clés et d’accéder directement aux ordinateurs de bord.

L’Association Équité demande donc à Ottawa d’aller plus loin dans la réforme du Règlement sur la sécurité des véhicules automobiles en exigeant des essais obligatoires de cybersécurité conformes aux normes internationales avant qu’un nouveau modèle puisse être vendu au Canada.

Le gouvernement fédéral a déjà entrepris de moderniser ces normes et finance également le développement de nouvelles technologies antivol conçues par des entreprises canadiennes. Pour l’instant, toutefois, ces initiatives ne suffisent pas à rassurer la population.

La forte baisse des vols depuis 2023 démontre que les autorités ont réussi à reprendre une partie du terrain perdu. Mais aux yeux de nombreux Canadiens, la véritable victoire ne viendra que lorsque les véhicules eux-mêmes seront enfin conçus pour résister aux méthodes de plus en plus sophistiquées employées par le crime organisé.

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