L’État islamique : un ennemi affaibli mais en pleine résurgence locale

Euronews rapporte que l’État islamique (EI), qu’on croyait relégué à l’arrière-plan depuis la chute de son califat en Irak et en Syrie, semble aujourd’hui retrouver une forme de vitalité inquiétante. L’agence souligne que la Turquie a arrêté au moins 161 personnes soupçonnées d’appartenir au groupe en septembre seulement, alors que les Nations unies mettent en garde contre une recrudescence des attaques de ses affiliés en Afrique et au Moyen-Orient.

Selon le ministre turc de l’Intérieur Ali Yerlikaya, les suspects arrêtés dans près de la moitié des provinces du pays fournissaient un soutien financier et logistique à l’EI. Cette vaste opération intervient alors que les experts de l’ONU évoquent une montée en puissance des cellules jihadistes au Sahel, particulièrement au Burkina Faso, au Mali et au Niger, mais aussi une persistance des réseaux en Syrie et en Irak.

D’après les calculs d’Euronews, plus de 200 personnes ont été tuées par les différentes branches de l’EI au cours des trois derniers mois, majoritairement en Afrique subsaharienne.

Héritage d’un califat effondré mais pas disparu

Né comme une dissidence d’al-Qaïda, l’EI s’était imposé dès 2014 comme une organisation capable de conquérir et d’administrer un territoire. Entre 2014 et 2017, il contrôlait environ un tiers de la Syrie et de l’Irak. Les attaques de Paris (2015) et de Bruxelles (2016) restent des symboles de son expansion meurtrière.

La chute de Mossoul, puis la mort de son chef Abu Bakr al-Baghdadi en 2019, avaient semblé marquer la fin de l’organisation. Pourtant, comme le rappelle David Campbell, professeur à l’Université de Vienne cité par Euronews, « qu’elles s’appellent EI ou autrement, les organisations islamistes radicales persistent à mener des attaques violentes ».

Une stratégie adaptée à la génération Z

Le reportage explique que l’EI, loin de disparaître, a modernisé son recrutement. Exit les réseaux lourds et coûteux, place aux réseaux sociaux et à la diffusion de contenus propagandistes accessibles aux jeunes générations. Ainsi, en Turquie, un adolescent de 16 ans a récemment tué deux policiers à Izmir après avoir visionné du matériel en ligne lié à l’EI.

Ce type de radicalisation numérique illustre une menace nouvelle : la séduction d’une jeunesse précaire par la promesse d’un « paradis » et d’un statut, alimentée par des chants religieux (nasheeds) et des discours messianiques.

Multiplication des fronts africains et moyen-orientaux

La reprise d’activité se traduit par des attaques disséminées :
– au Nigéria et dans la région du lac Tchad, avec les groupes affiliés ISWAP ;
– au Mozambique, où la « province » locale de l’EI a tué plus de 60 civils en août ;
– en République démocratique du Congo, où 60 personnes ont été massacrées lors de funérailles en septembre ;
– en Syrie même, où une cellule liée à l’EI aurait tenté d’assassiner le président intérimaire Ahmed al-Sharaa en juin.

Ces actions reposent sur une structure désormais décentralisée. Chaque cellule agit de façon autonome, profitant des failles sécuritaires locales, sans nécessiter une direction centralisée forte.

Un danger persistant malgré l’affaiblissement

Comme l’explique Euronews, l’EI reste affaibli en comparaison de son apogée. Ses dirigeants communiquent via Telegram et plusieurs chefs ont été arrêtés par la coalition internationale. On ignore toutefois si le chef actuel, Abu Hafs al-Hashimi al-Qurashi, est encore en liberté.

Le danger, conclut l’analyse, ne réside plus dans la capacité de l’EI à régner sur un califat territorial, mais dans son aptitude à inspirer des individus ou des groupes isolés, de l’Afrique au Moyen-Orient, en passant par l’Europe. Le discours d’évasion face à la misère reste sa principale arme.

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