L’Europe en route vers un nouveau record d’importations de GNL

Alors que l’hiver tire à sa fin et que les stocks de gaz s’érodent plus rapidement que prévu, l’Europe s’apprête à battre un nouveau record mensuel d’importations de gaz naturel liquéfié (GNL). C’est ce que rapporte Irina Slav dans un article publié le 23 février 2026 sur OilPrice.com, citant notamment les données du cabinet d’analyse Kpler et les observations du chroniqueur Clyde Russell de Reuters.

Un mois de février historique pour le GNL européen

Selon les données de Kpler relayées par Irina Slav pour OilPrice.com, l’Europe serait en voie d’importer 14,20 millions de tonnes de GNL en février 2026. Ce chiffre dépasserait le précédent record mensuel établi en janvier, qui s’élevait à 13,67 millions de tonnes.

Toujours selon l’article, ce volume représenterait une hausse de 22 % sur un an, signal clair de l’intensification de la dépendance européenne au GNL pour compenser la faiblesse de ses stocks et la contraction des flux traditionnels de gaz par pipeline.

Plus de la moitié de ces importations – 57 %, soit 8,05 millions de tonnes – proviendraient des États-Unis. Les États-Unis consolident ainsi leur rôle de fournisseur énergétique majeur du continent européen.

La Russie toujours présente dans l’équation

Malgré les tensions géopolitiques persistantes, l’Europe n’a pas complètement tourné la page du GNL russe. Irina Slav précise que les importations de GNL en provenance de Russie devraient atteindre 1,6 million de tonnes en février, contre 1,68 million en janvier.

Si le volume est en léger recul, la présence russe demeure significative dans l’approvisionnement européen. Cela illustre la complexité des réalignements énergétiques post-2022 : même dans un contexte de diversification accélérée, la réalité des marchés et des infrastructures limite la rupture totale.

Le facteur chinois : une demande en chute libre

Un élément clé expliquant ce record européen est la faiblesse de la demande chinoise. Selon les données de Kpler citées par OilPrice.com, les importations chinoises de GNL en février devraient s’établir à 3,38 millions de tonnes — leur plus bas niveau depuis avril 2018.

À titre de comparaison, la Chine avait importé 4,47 millions de tonnes en février 2025.

Cette baisse notable exerce une pression à la baisse sur les prix spot du GNL, rendant le carburant plus abordable pour les acheteurs européens. Autrement dit, la concurrence asiatique s’est momentanément atténuée, offrant à l’Europe une fenêtre d’approvisionnement favorable.

Des stocks européens préoccupants

L’urgence européenne s’explique également par l’état des réserves de gaz. Les stocks seraient tombés à 30 % de leur capacité, alors que la moyenne quinquennale pour cette période de l’année se situe autour de 49 %.

Dans ce contexte, Kpler anticipe une hausse encore plus marquée des importations américaines en mars, avec un volume projeté de 11,19 millions de tonnes de GNL américain à destination de l’Europe.

L’objectif est clair : reconstituer les stocks avant la prochaine saison froide et éviter toute tension excessive sur les prix ou sur la sécurité d’approvisionnement.

Frictions réglementaires entre Washington et Bruxelles

L’article d’Irina Slav souligne également une dimension politique importante. Alors que les exportations américaines vers l’Europe atteignent des sommets, le secrétaire à l’Énergie des États-Unis, Chris Wright, a exhorté l’Union européenne à revoir sa réglementation sur le méthane.

En décembre dernier, Wright aurait demandé que les exportateurs américains soient exemptés de cette réglementation jusqu’en 2035. Les exigences de suivi, de déclaration et de vérification des émissions devraient entrer en vigueur en 2027, conformément à la directive européenne.

Deux autres directives à visée environnementale pourraient également, selon lui, affecter négativement les importations énergétiques américaines vers l’Europe.

Ce débat met en lumière une tension structurelle : l’Europe veut sécuriser son approvisionnement énergétique, mais sans renoncer à ses objectifs climatiques. Les États-Unis, eux, cherchent à préserver la compétitivité de leurs exportateurs dans un marché devenu stratégique.

Une recomposition durable du marché mondial du gaz

Ce record potentiel de février 2026 n’est pas qu’un simple pic statistique. Il témoigne d’un nouvel ordre énergétique européen, plus dépendant des marchés mondiaux du GNL et plus exposé aux dynamiques géopolitiques et réglementaires.

Reste à voir si cette trajectoire se maintiendra au printemps et à l’été — ou si le retour d’une forte demande asiatique viendra à nouveau tendre le marché mondial.

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