Selon Angus Cochrane dans un article publié par la BBC News, l’ancienne première ministre écossaise Nicola Sturgeon a déclaré qu’un violeur masculin devrait « probablement » perdre le droit de choisir son genre. Cette prise de position, exprimée dans une interview à ITV pour la promotion de ses mémoires, marque un infléchissement par rapport à sa gestion passée du dossier sensible des lois sur la reconnaissance de genre en Écosse.
Sturgeon a été critiquée en 2023 lors de l’affaire Isla Bryson, un délinquant sexuel ayant commis deux viols en 2016 et 2019, qui s’était identifié comme femme avant son procès. Initialement placé dans une prison pour femmes, Bryson avait été transféré dans un établissement masculin après un tollé public. L’affaire avait entraîné un changement de politique : depuis, les personnes transgenres reconnues coupables de crimes graves sont d’abord incarcérées dans des prisons correspondant à leur sexe de naissance.
Interrogée aujourd’hui sur ce cas, Sturgeon reconnaît qu’elle aurait dû être « beaucoup plus directe » et décrit désormais Bryson comme un « homme biologique ». Elle admet également que le débat sur la législation de l’auto-identification du genre — finalement bloquée par le gouvernement britannique — avait « perdu toute rationalité », en partie par sa faute. Elle concède qu’elle aurait dû suspendre le projet de loi afin de trouver un compromis équilibrant droits des femmes et intérêts des personnes trans.
Ces déclarations ont provoqué des réactions vives. Michelle Thomson, députée SNP qui avait proposé un amendement pour empêcher l’octroi de certificats de reconnaissance de genre aux violeurs, a jugé les propos « trop tardifs » et contraires à une posture féministe. Le chef conservateur écossais Russell Findlay a accusé Sturgeon de « croyances idéologiques absurdes » et de ne pas s’excuser pour « la douleur et la détresse » causées. Du côté travailliste, la numéro deux Jackie Baillie a dénoncé une tentative de « réécrire l’histoire ».
Dans le même entretien, Sturgeon est revenue sur l’époque du référendum d’indépendance de 2014, critiquant son mentor et prédécesseur Alex Salmond pour son manque d’implication dans la rédaction du livre blanc gouvernemental Scotland’s Future. Elle raconte un épisode de « colère froide » et admet avoir subi une crise de panique en tentant de finaliser le document. Salmond, qui avait quitté le SNP pour fonder le parti Alba, est décédé en octobre 2024.
Pour Cochrane, cette révision de position sur la reconnaissance de genre reflète non seulement une réponse aux critiques internes du SNP, mais aussi une volonté de redorer son image à l’occasion de la sortie de son livre Frankly, publié sans embargo par erreur trois jours avant la date officielle.



