L’Ukraine face au mur : Caron juge l’accord Trump-Poutine incontournable

Cela fait plus de trois ans que la Russie et l’Ukraine s’affrontent dans cette guerre sanglante. Selon Jean-François Caron, les Russes vont remporter la victoire et l’Ukraine doit trouver une porte de sortie afin d’assurer la survie de son peuple. C’est pour cela que le président Zelensky doit accepter l’accord de paix concocté par Donald Trump et Vladimir Poutine. Sinon, l’Ukraine n’aura pas d’avenir.

Jean-François Caron est professeur de science politique à l’Université Nazarbayev au Kazakhstan. Il enseigne actuellement à l’Université américaine d’Arménie.

Entretien

Simon Leduc : Quels sont les principaux points du plan de paix de Donald Trump pour mettre fin à la guerre en Ukraine?

Jean-François Caron : «Un des éléments importants est le fait que l’Ukraine ne va jamais être membre de l’OTAN. De plus, les États-Unis et la Russie s’engagent à régler toutes les ambigüités des trentaines dernières années entre les deux États. C’est un point primordial pour la Russie, car Poutine a toujours dénoncé le fait que les Américains n’ont pas respecté leurs promesses de ne jamais élargir l’OTAN près de la zone d’influence russe après la fin de la Guerre froide. De plus, toutes les sanctions économiques américaines contre la Russie seront abolies et celle-ci réintègrera le G7.

D’autre part, cet accord de paix va confirmer la reconnaissance de facto que la Crimée, Louhansk et Donetsk sont des territoires russes. Également, l’Union européenne a gelé des fonds russes en février 2022. Trump veut utiliser cet argent pour financer un programme de reconstruction de l’Ukraine. Le président Trump veut que les États-Unis conservent 50% des bénéfices de cette politique de rétablissement du territoire ukrainien. L’autre moitié de ce fric va aller à la Russie.»

Selon vous, est-ce que c’est un bon accord de paix pour la Russie et l’Ukraine?

Jean-François Caron : «J’estime que c’est une entente réaliste pour les deux protagonistes de ce conflit militaire, surtout pour l’Ukraine, car tôt ou tard, elle sera vaincue par la Russie. Il faut savoir que Vladimir Poutine a fait des concessions par rapport aux plans de paix antérieurs. Par exemple, ce dernier n’exige plus le départ de Zelensky et la fameuse dénazification de l’Ukraine. Mais, dès la signature de cet accord, les autorités ukrainiennes devront organiser des élections dans les cent jours. Le président actuel pourra se représenter s’il le désire. Les Russes ont abandonné ces éléments malgré le fait qu’elle va gagner la guerre. Je pense que les Ukrainiens n’ont pas le choix d’accepter cette entente, car ils vont perdre plus de territoires à la Russie si la guerre continue. L’Ukraine doit réaliser qu’elle a perdu la guerre et elle doit assurer sa survie en acceptant l’entente mise en place par le président Trump. C’est la pérennité de la nation ukrainienne qui est en jeu.»

Pourquoi l’Union européenne et le Canada s’opposent à cet accord de paix?

Jean-François Caron : «Il faut savoir que l’Europe n’a pas participé aux négociations entre Trump et Poutine. C’étaient des pourparlers directs entre les États-Unis et la Russie tout en tenant compte des exigences ukrainiennes. L’Union européenne n’a pas été consultée dans ce dossier. Ses dirigeants voulaient y participer et cela peut expliquer leur désaccord avec le plan de Trump. Ils désiraient être intégrés dans la discussion, mais ce ne fut pas le cas. Mais l’UE ne pouvait pas y prendre part, car c’est un ensemble de 27 pays qui ont des intérêts divergents. De plus, les États européens ne peuvent pas offrir de garanties de sécurité, car ils ont des forces armées déficientes.

Jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, le continent européen était le centre du monde. Or, aujourd’hui, il n’est plus un acteur majeur dans un monde multipolaire composé de grands empires. C’est la même chose pour le Canada. La France et le Royaume-Uni sont d’anciennes grandes puissances. Or, elles sont affaiblies aujourd’hui. Les trois grands acteurs sur la scène internationale sont les États-Unis, la Chine et la Russie. On est en train de voir le déclin du Vieux continent et on peut l’observer dans le dossier ukrainien. Les grandes personnes s’assoient à la table des adultes (les Américains, Russes et les Chinois) et les petits s’installent à la table des enfants (les Européens et les Canadiens).»

Comment le président ukrainien a réagi face à la proposition de Trump et de Poutine?

Jean-François Caron : «Zelensky réalise que son pays fait face à une crise effroyable. Il faut que cet État accepte un accord humiliant en cédant 20% de son territoire. Sinon, il va perdre le soutien de son allié américain. Donc, le président ukrainien commence à comprendre la situation catastrophique de son pays. L’Ukraine manque de soldats pour combattre les Russes. Zelensky fait preuve de réalisme et il n’est pas hostile à cet accord de paix. Il faut que le peuple ukrainien réalise que son pays est en déroute et qu’il doit accepter le plan de Trump pour le sauver. On ne connaît pas vraiment le point de vue du peuple ukrainien concernant l’accord de paix. Alors, on doit attendre la décision de Zelensky.

Pour conclure, si jamais ce dernier signe ce plan de paix, il n’aura plus d’avenir politique. De plus, une petite minorité de nationalistes ukrainiens radicaux va tenter de l’assassiner. Ces nationalistes purs et durs ne vont jamais accepter que leur pays abandonne la bataille et cède des territoires aux Russes. Il y a une petite frange du nationalisme ukrainien qui est très forte et influente dans ce pays. Dans ce scénario, le président Zelensky devra s’exiler, car sa vie sera en danger.»

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