L’Union européenne rompt avec le gaz russe d’ici 2027 : une décision historique contestée par Budapest et Bratislava

Au fil des crises énergétiques, des sanctions croisées et des chocs géopolitiques depuis 2022, l’Union européenne tente de redéfinir une architecture énergétique moins vulnérable et moins dépendante de ses anciens fournisseurs stratégiques. C’est dans ce contexte tendu, marqué par la guerre en Ukraine, par l’effondrement de la confiance envers Moscou et par une course à la diversification qui transforme l’économie du continent, que s’inscrit la nouvelle décision annoncée ce mercredi à Bruxelles : une rupture nette et définitive avec le gaz russe. Une annonce qui se veut à la fois politique, symbolique… et immédiatement contestée.

C’est ce que rapportent Philip Blenkinsop et America Hernandez pour Reuters, dans une dépêche publiée le 3 décembre 2025.

Une rupture programmée : fin du GNL en 2026, fin du gazoduc en 2027

Selon le reportage de Reuters, les gouvernements de l’UE et le Parlement européen ont conclu dans la nuit un accord formel visant à éliminer progressivement toutes les importations de gaz russe d’ici la fin septembre 2027. Le GNL russe sera interdit dès la fin de 2026, tandis que les importations par gazoduc seront stoppées à l’échéance de 2027.

Les journalistes Philip Blenkinsop et America Hernandez soulignent que cette mesure découle d’un ensemble de propositions déposées par la Commission européenne en juin, dans le prolongement de la guerre en Ukraine et de la volonté de « tourner la page » d’une dépendance vieille de plusieurs décennies.

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, citée par Reuters, qualifie cette rupture de moment historique pour l’UE :
« Aujourd’hui, nous mettons fin à ces importations de manière permanente. En asséchant le coffre de guerre de Poutine, nous affirmons notre solidarité avec l’Ukraine et nous ouvrons la voie à de nouveaux partenariats énergétiques. »

À titre de rappel, Reuters indique qu’avant l’invasion de l’Ukraine en 2022, 45 % du gaz consommé dans l’UE provenait de Russie. En octobre 2025, cette part n’était plus que de 12 %, même si certains États — notamment la Hongrie, la France et la Belgique — continuaient de recevoir des livraisons.

Budapest et Bratislava en guerre ouverte contre bruxelles

Mais dans le même article, Reuters rapporte les fortes réticences de la Hongrie et de la Slovaquie, deux pays toujours très dépendants de l’infrastructure énergétique russe.

Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, dénonce ce qu’il décrit comme un contournement illégitime du mécanisme européen de décision en matière de sanctions. Il affirme que Bruxelles a volontairement présenté cette rupture comme une mesure commerciale, permettant un vote à la majorité plutôt que le consensus habituellement requis.

Cité par Reuters, Szijjarto est catégorique :
« Accepter et mettre en œuvre cet ordre venu de Bruxelles est impossible pour la Hongrie. »

La Hongrie déposera donc un recours devant la Cour de justice de l’Union européenne.

La Slovaquie, note Reuters, « examine également ses options juridiques ». Les deux pays craignent une explosion des coûts énergétiques et un choc industriel si leurs approvisionnements de substitution ne sont pas sécurisés rapidement et à prix raisonnable.

Du côté du Kremlin, les réactions sont tout aussi prévisibles. Selon Reuters, Moscou condamne la décision et affirme qu’elle « condamnera l’Europe à une perte de compétitivité » et à des prix plus élevés pour les consommateurs.

Un calendrier serré, des conditions complexes

L’article de Reuters — signé Philip Blenkinsop, America Hernandez, Philip Blenkinsop et Sudip Kar-Gupta, avec un travail de terrain à Bruxelles et Bengaluru — insiste également sur les nombreux éléments techniques du plan.

Pour les contrats à court terme signés avant le 17 juin 2025, les coupures s’appliqueront au 25 avril 2026 pour le GNL et au 17 juin 2026 pour le gaz par pipeline.

Pour les contrats à long terme conclus avant cette même date, les échéances sont repoussées au 1er janvier 2027 pour le GNL et au 1er octobre 2026 pour le gazoduc (avec une possible extension d’un mois)

Toutes les importations de gaz devront en outre être autorisées préalablement, sauf si elles proviennent de pays qui interdisent eux-mêmes le gaz russe.

Reuters ajoute que la Commission européenne déposera aussi un projet législatif pour éliminer les importations restantes de pétrole russe d’ici la fin de 2027.

Enfin, les États membres devront soumettre d’ici le 1er mars 2026 leurs « plans nationaux de diversification » et informer Bruxelles de l’existence éventuelle de contrats actifs avec des fournisseurs russes.

La dernière étape d’un divorce entamé en 2022

L’article de Reuters rappelle une réalité essentielle : même si cette décision semble radicale, elle s’inscrit dans une trajectoire déjà amorcée. L’UE n’achète plus de charbon à la Russie depuis 2022, a réduit de façon massive ses importations pétrolières, et s’est tournée vers le GNL américain, le gaz norvégien, ainsi que vers le développement accéléré des renouvelables.

Pour autant, les dernières résistances — représentées par la Hongrie et la Slovaquie — illustrent les fractures géopolitiques internes de l’Union. Certaines économies n’ont toujours pas réussi à s’affranchir de leurs liens énergétiques historiques avec Moscou.

Un tournant politique majeur, mais un futur encore incertain

Ce que l’article de Reuters met en lumière, c’est la double dimension de cette décision : une déclaration politique forte contre la Russie, mais aussi un défi économique immense pour certains États membres.

L’Union européenne s’engage dans une transition complexe, où la sécurité énergétique, les coûts industriels et les impératifs géopolitiques s’affrontent. Si l’objectif annoncé est clair, sa mise en œuvre pourrait se révéler chaotique, tant du point de vue juridique — avec les recours annoncés — que du point de vue logistique et financier.

Mais une chose demeure, comme le souligne Reuters : jamais depuis la création du marché commun l’Union n’avait pris une décision aussi déterminante pour redéfinir sa souveraineté énergétique.

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