L’article publié par Kyle Duggan pour la Presse Canadienne le 24 août 2025 met en lumière l’échec du legs de la politique étrangère féministe de Justin Trudeau, qui avait fait de la participation accrue des femmes aux missions de paix de l’ONU une priorité. Duggan explique qu’aujourd’hui, seules deux femmes issues des Forces armées canadiennes sont déployées dans le cadre des opérations de maintien de la paix des Nations unies, un plancher historique qui mine la crédibilité internationale du pays.
En 2017, Justin Trudeau avait promis de faire du Canada un chef de file dans la promotion des femmes au sein des opérations de paix, lançant notamment l’initiative Elsie destinée à soutenir leur participation. Pendant la mission au Mali, Ottawa avait réussi à atteindre 25 % de femmes parmi son contingent, ce qui représentait une avancée notable. Or, depuis, la tendance s’est effondrée : au départ de Trudeau, il ne restait déjà plus qu’une militaire canadienne en mission onusienne.
Le professeur Walter Dorn, du Collège militaire royal du Canada, cité par Kyle Duggan, estime que cette chute est « embarrassante » et que le Canada risque d’être officiellement rappelé à l’ordre par l’ONU pour non-respect de ses engagements. Selon lui, le maintien de la paix n’est tout simplement plus une priorité politique pour Ottawa. Jane Boulden, également professeure au Collège militaire royal et à l’Université Queen’s, confirme que la combinaison du virage vers l’OTAN, notamment avec le déploiement massif de 1 900 militaires en Lettonie après l’invasion russe de l’Ukraine, et la baisse globale du nombre de missions onusiennes rendent plus difficile le maintien d’une contribution canadienne substantielle.
Le ministère de la Défense nationale, par l’intermédiaire de son porte-parole Kened Sadiku, a réagi en soulignant que la présence de femmes ne se limite pas aux seules missions onusiennes. Selon lui, 22 femmes participent actuellement à des opérations dites de paix, incluant des missions bilatérales comme en Ukraine ou au Moyen-Orient. Néanmoins, le constat demeure : sur les 18 officiers militaires canadiens déployés dans des opérations de paix de l’ONU, aucune femme n’est présente, bien que l’objectif de l’organisation fixe la cible à 22 %.
Ce recul frappe d’autant plus que le Canada s’était bâti une réputation de pionnier dans le maintien de la paix au cours des années 1990, avec plus de 3 300 militaires déployés en 1993. Aujourd’hui, il se situe au 74e rang mondial des contributeurs. L’ancien brigadier-général Gregory Mitchell rappelle, dans l’article de Duggan, que depuis les interventions en Bosnie, en Somalie puis en Afghanistan, l’armée canadienne a relégué le maintien de la paix au second plan au profit de missions de contre-insurrection et d’appui aux alliés de l’OTAN.
Ainsi, conclut Duggan, la promesse d’une politique étrangère féministe qui devait placer les femmes au cœur des opérations de paix n’a pas résisté aux réalités stratégiques et militaires des dernières années, laissant un legs fragile et difficile à défendre sur la scène internationale.



