Maisons Canada : la fuite en avant bureaucratique du gouvernement Carney

Le gouvernement de Mark Carney a annoncé la création de Maisons Canada, une nouvelle agence fédérale dotée d’un budget initial de 13 milliards de dollars et censée accélérer la construction de logements abordables sur des terrains fédéraux à Longueuil, Toronto, Ottawa, Edmonton, Winnipeg et Dartmouth. Présentée comme un plan « ambitieux » et « innovant », cette initiative s’inscrit dans la lignée des grandes stratégies de logement des libéraux, mais plusieurs observateurs avertissent déjà qu’elle risque de reproduire les échecs passés.

Comme le rapportait La Presse canadienne (14 septembre 2025), Maisons Canada promet de bâtir 4 000 logements et d’agir comme maître d’œuvre fédéral pour des projets de logement social, en privilégiant des méthodes industrielles comme la préfabrication. Mais les critiques soulignent l’écart béant entre ces annonces et l’ampleur de la crise. Le Canada a besoin de centaines de milliers d’unités supplémentaires chaque année pour rétablir l’abordabilité. En comparaison, 4 000 logements représentent à peine une goutte d’eau dans l’océan.

C’est ici que la critique se fait plus sévère. Jesse Kline, dans le National Post (17 septembre 2025), accuse le gouvernement de s’entêter dans un réflexe bureaucratique : plutôt que de s’attaquer aux vraies causes de la pénurie – les règles de zonage, les frais municipaux, la lenteur des permis – Ottawa choisit d’injecter toujours plus d’argent dans de nouveaux appareils étatiques. Il rappelle que la Stratégie nationale sur le logement de 2017, gonflée à 82 milliards $, n’a pas freiné la hausse des prix ni réduit l’itinérance, qui a augmenté de 20 % entre 2018 et 2022. Pourquoi croire que 13 milliards $ de plus, confiés à une nouvelle agence, produiraient de meilleurs résultats?

Sean Speer abonde dans le même sens (The Hill, 16 septembre 2025) : selon lui, Maisons Canada repose sur un diagnostic erroné. Ces dernières années, un consensus émergeait autour des véritables blocages : immigration démesurée, réglementation municipale excessive, coûts de développement trop élevés. Le rôle du fédéral aurait dû être de contraindre les villes à libéraliser le zonage et réduire les délais, en échange de financements. Or, en redevenant bâtisseur direct, Ottawa s’éloigne de ce consensus et risque de déresponsabiliser les municipalités, qui n’auront plus de raison d’assouplir leurs règles si l’État se charge lui-même de construire quelques milliers d’unités.

Cette orientation inquiète d’autant plus que l’expérience internationale fournit des précédents peu reluisants. L’Institut économique de Montréal (IEDM) citait récemment l’exemple de la Nouvelle-Zélande, où le programme KiwiBuild devait livrer 100 000 logements abordables en dix ans : sept ans plus tard, à peine 2 389 avaient été construits. Pour l’IEDM, l’enseignement est clair : « les gouvernements ne sont pas des promoteurs immobiliers ». Loin d’accélérer la construction, l’intervention publique crée délais et rigidités, décourage l’initiative privée et finit par produire des résultats dérisoires.

Au-delà des chiffres, la critique porte donc sur la logique même de Maisons Canada : une bureaucratie de plus, qui cible un segment étroit – le logement social – sans s’attaquer au cœur du problème, soit la rareté de l’offre sur le marché privé. Comme le résume Jesse Kline, « plus de socialisme n’est pas le remède aux excès socialistes passés ». Et comme le souligne Sean Speer, Ottawa prend le risque d’« adresser 5 % du problème tout en laissant les 95 % restants inchangés ».

En misant sur une centralisation étatique coûteuse et symbolique, Mark Carney expose son gouvernement à reproduire les fiascos bureaucratiques du passé. Plutôt que de libérer le marché et de faciliter le travail des constructeurs, Ottawa ajoute une couche de lourdeur administrative, au risque de retarder encore les solutions concrètes dont les Canadiens ont urgemment besoin.

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