Malgré ses ambitions vertes, la Chine est bien loin d’abandonner le charbon

Alors que plusieurs gouvernements occidentaux misent sur l’élimination progressive des combustibles fossiles afin d’atteindre leurs objectifs climatiques, la Chine adopte une approche beaucoup plus pragmatique. Pékin vient en effet de confirmer, dans son nouveau plan énergétique quinquennal, que le charbon demeurera un pilier essentiel de son système électrique, malgré l’expansion rapide des énergies renouvelables.

Comme le rapporte Charles Kennedy dans OilPrice.com, les autorités chinoises ne prévoient aucune restriction importante à la croissance de la production d’électricité au charbon. Au contraire, le document officiel présente cette source d’énergie comme une « garantie fondamentale » de la sécurité du réseau électrique national.

Les renouvelables progressent… mais le charbon aussi

Le nouveau plan prévoit que les énergies dites propres représenteront environ 30 % de la production d’électricité chinoise d’ici 2030, contre environ 22 % aujourd’hui. L’éolien et le solaire continueront donc leur expansion rapide et devraient devenir les principales sources de nouvelles capacités de production.

Toutefois, Pékin ne considère pas ces technologies comme suffisantes pour assurer la stabilité du réseau.

Le gouvernement chinois estime plutôt que le charbon devra continuer à jouer un rôle central afin de compenser les périodes où la production éolienne ou solaire diminue. Les centrales au charbon serviront ainsi de capacité d’appoint flexible, capable d’augmenter rapidement sa production lorsque les conditions météorologiques réduisent la production des énergies renouvelables.

Cette stratégie reflète les difficultés rencontrées récemment par la Chine, où une baisse de la production éolienne a nécessité une hausse importante de la production au charbon. Deux ans auparavant, des conditions hydrologiques défavorables avaient également réduit la production hydroélectrique, forçant le pays à s’appuyer davantage sur ses centrales thermiques.

Une réalité qui inquiète les environnementalistes

Cette orientation ne fait évidemment pas l’unanimité.

Toujours selon OilPrice.com, Lauri Myllyvirta, cofondateur du Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), estime que les nouveaux objectifs chinois ne sont pas compatibles avec les engagements climatiques annoncés par Pékin.

Selon lui, les hausses de production d’électricité provenant des combustibles fossiles permises par le nouveau plan ne concordent pas avec les promesses chinoises de plafonner les émissions de CO₂ et la consommation de charbon avant 2030, même en tenant compte de l’électrification croissante de l’économie.

La réalité énergétique rattrape les ambitions climatiques

Malgré son statut de premier investisseur mondial dans les énergies renouvelables, la Chine demeure de très loin le plus important consommateur de charbon de la planète.

Les chiffres cités par Charles Kennedy, basés sur les données de Global Energy Monitor (GEM), illustrent l’ampleur de cette dépendance.

En 2025, la Chine représentait à elle seule 78 % de toute la nouvelle capacité mondiale de production électrique au charbon mise en service. Plus impressionnant encore, 86 % des nouvelles centrales au charbon actuellement en construction dans le monde se trouvent en Chine et devraient entrer en exploitation au cours de cette année.

Ces données montrent que la transition énergétique chinoise ne consiste pas à remplacer les combustibles fossiles, mais plutôt à ajouter massivement des capacités renouvelables tout en conservant une importante production thermique capable de garantir la fiabilité du réseau.

Une leçon pour les pays occidentaux?

Le contraste avec plusieurs pays occidentaux est frappant.

Alors que de nombreuses juridictions cherchent à fermer leurs centrales au charbon et à réduire rapidement leur production d’hydrocarbures, Pékin refuse de sacrifier la sécurité énergétique au nom des objectifs climatiques. Les autorités chinoises considèrent que les énergies renouvelables constituent un complément indispensable à leur développement économique, mais non un substitut suffisant aux sources pilotables capables de produire de l’électricité en tout temps.

Cette approche illustre une différence fondamentale de philosophie : la Chine poursuit ses investissements massifs dans les technologies vertes, tout en continuant de renforcer les infrastructures énergétiques conventionnelles jugées essentielles à la croissance économique, à l’industrialisation et à la sécurité de son approvisionnement électrique.

À mesure que les besoins en électricité augmentent sous l’effet de l’électrification, de l’intelligence artificielle et de l’expansion industrielle, Pékin semble envoyer un message clair : pour la deuxième économie mondiale, la fiabilité du réseau demeure prioritaire, même si cela implique de continuer à construire des centrales au charbon.

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