C’est maintenant confirmé : Mark Wiseman, l’ancien directeur général chez BlackRock et fondateur de l’Initiative du siècle, sera ambassadeur du Canada aux États-Unis. C’est le premier ministre lui-même qui a nommé l’ex-banquier au plus prestigieux poste diplomatique canadien à l’étranger. Faut-il y voir un signal inquiétant à l’égard du Québec ? Et en quoi Mark Wiseman suscite-t-il tant de préoccupations ?
C’est sûrement l’un des hommes de l’ombre les plus puissants au Canada. Mark Wiseman est non seulement passé chez BlackRock — étant même pressenti pour succéder à Larry Fink — mais il est aussi à l’origine d’un groupe de pression regroupant des géants de l’industrie : l’Initiative du siècle. Le but ? Faire du Canada un pays de 100 millions d’habitants d’ici 2100.
Non pas par la natalité, mais par l’immigration de masse. Vraiment beaucoup d’immigration. Dans l’esprit de ces partisans d’un libre-marché absolu, sans aucune limite, le gouvernement ne devrait imposer aucune restriction aux entrepreneurs quant à leur recrutement de main-d’œuvre à l’étranger. Peu importent les conséquences sociales sur le logement, la cohésion entre les habitants ou les écoles. Ce qui compte, c’est de faire augmenter le PIB.
Même si un PIB plus élevé ne signifie pas forcément plus de richesse par habitant. Selon cette vision de la droite économique laurentienne, le Canada est une puissance moyenne, limitée dans ses ambitions géopolitiques et financières par sa démographie. Le pays est immense, plein de ressources naturelles. Mais la population est concentrée à 70 % dans trois régions : le Grand Vancouver, le corridor Calgary-Edmonton ainsi que le corridor Québec-Windsor.
Mais ce qui est beau sur papier l’est beaucoup moins en réalité. Un plan aux accents messianiques, qui voit les humains comme interchangeables, signifierait la fin du Québec tel qu’on le connaît. D’ailleurs, c’est le principal intéressé lui-même qui affirmait que si la politique du gouvernement fédéral n’était pas celle de l’Initiative, elle devrait l’être — même si le Québec hurle.
Il est impossible qu’à ce niveau d’influence sur la politique, Wiseman ne soit pas au courant des propos de John A. Macdonald lorsqu’il disait que Louis Riel serait pendu, même si tous les chiens du Québec aboyaient. Louis Riel s’opposait à l’assimilation de son peuple. Et il sera pendu pour cette raison. Wiseman est, en quelque sorte, sans effusion de sang, la continuité de la politique de John A. Macdonald.
Cela n’augure rien de bon pour le Québec — ni même pour le Canada — que Mark Carney ait choisi cet homme comme ambassadeur aux États-Unis. Mark Wiseman est un homme de l’ombre, calculateur, et qui sait que si la réalisation de son projet peut fluctuer avec le temps, le temps joue en sa faveur, étant donné le vote massif des immigrants fraîchement assermentés pour les libéraux.
Un sursaut est possible. Même si la fenêtre des opportunités se rétrécit. Le Québec devra peut-être cette fois-ci s’allier au Canada anglais face à une menace fondamentale qui pèse sur les trois peuples fondateurs : les Canadiens français, les Premières Nations ainsi que les Canadiens d’ascendance britannique. Espérons seulement que Carney ne soit pas majoritaire, étant à un seul député de l’être. Votons intelligemment.



