Mediapart contre Bardella : une opération de campagne habillée en enquête

Mediapart, un journal en ligne français très campé à gauche, vient de lancer une charge explosive contre Jordan Bardella, l’actuel président du Rassemblement National et Premier ministre désigné en cas de victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle. Il est accusé d’avoir tenu des propos antisémites dans un échange privé sur Messenger en 2013, alors qu’il n’avait que 17 ans.

Avant même de s’intéresser à la nature exacte des propos allégués, on devrait lever les yeux au ciel et se demander : en quoi est-ce sérieux ? Une fois adulte, appuie-t-on obligatoirement encore des propos radicaux ou inappropriés exprimés durant l’adolescence?

Si on veut jouer à ce jeu-là, il faut noter qu’Edwy Plenel, le fondateur de Mediapart, était militant trotskiste dans les années 1970 (il n’est plus le directeur du journal depuis 2024, mais demeure un contributeur éditorial actif). Il a travaillé comme journaliste à Rouge, l’hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). En 1972, il a soutenu le groupe terroriste palestinien Septembre Noir, qui venait d’assassiner onze athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich.

Plenel s’en défend en expliquant qu’il n’avait alors que 20 ans et qu’il récuse désormais ce soutien. Très bien – mais les propos d’un homme politique de droite tenus en tant que mineur devraient lui coller toute sa carrière durant? Quel deux poids deux mesures.

Trois jours après avoir publié son enquête initiale, Mediapart a mis en ligne une vidéo de 9 minutes expliquant comment ses journalistes ont enquêté et authentifié les échanges attribués à Jordan Bardella – mais il faut souscrire à un abonnement payant pour la visionner – compte tenu de la portée médiatique de l’affaire, on aurait pu espérer que l’accès à cette vidéo ne soit pas payante.

Qu’en est-il des propos antisémites imputés à Bardella? Valentine Oberti présente deux captures d’écran qui proviendraient d’un vieil échange Messenger : « Les banques sont toutes détenues par des Juifs » et « je suis antisioniste, c’est-à-dire à la fois contre la mainmise du sionisme en France et à la fois contre les politiques intérieures et extérieures d’Israël ». Des répliques qui transgressent les interdits. Tandis que la première renvoie aux propos courants chez les adeptes d’Alain Soral, la seconde s’apparente à des propos qui circulent aussi dans des milieux de gauche radicale et pro-palestiniens depuis le 7 octobre 2023. Serait-ce plus grave issu de l’échange privé d’un Bardella adolescent?

La journaliste expose aussi des échanges de courriels entre membres du FN de Seine-Saint-Denis, dont Jordan Bardella a été le secrétaire départemental en 2014. Sauf qu’elle montre des recommandations de lecture faites par des militants – et non par Bardella lui-même – qui datent de 2012.

Elle reproche aussi à Bardella d’avoir relayé un courriel de son adjoint durant les élections départementales de 2014. Le message prévenait les membres du FN de Seine-Saint-Denis contre la chasse aux sorcières des militants de gauche, qui allaient scruter leurs comptes sur les réseaux sociaux en quête de publications capables de susciter la controverse. La journaliste de Mediapart présente cet élément comme s’il suffisait à démontrer un antisémitisme manifeste – qui plus est, il y a au delà de 12 ans.

La « cancel culture » menée par le wokisme a pourtant démontré qu’il ne faut pas qu’une publication soit réellement antisémite, raciste, homophobe, transphobe pour susciter de l’indignation et appeler au bannissement. Il suffit qu’elle ne soit pas conforme à leurs idéaux. Aucune formation politique ne pourrait être blâmée pour avoir émis une telle mise-en garde – chaque campagne électorale justifie pareille prudence.

Face à cette charge, il y avait deux voies possibles. Reconnaître les allégations et s’excuser, en misant sur l’erreur de jeunesse, ou tout nier de façon catégorique. Jordan Bardella a choisi la seconde, déposant une plainte pour diffamation publique et une autre pour usage de faux.

Comme le note le journaliste Jules Torres, les éléments présentés par Mediapart comme des preuves irréfutables ne paraissent pas convaincants. En 2026, il est devenu très facile de falsifier des courriels et des discussions en ligne.

Ces allégations d’antisémitisme au RN occultent des actes et incidents antisémites récents qui ont été associés à des mouvances djihadistes, à des mobilisations pro-palestiniennes radicales ou à certains milieux militants d’extrême gauche. En 2025, le ministère de l’Intérieur a recensé 1,320 actes à caractère antisémite en France – un niveau historiquement élevé. Ils représentent 53% des actes antireligieux, alors que les Juifs forment moins de 1% de la population. Les auteurs identifiés dans les agressions de rue sont souvent de jeunes hommes issus de l’immigration, avec des références à la Palestine ou à l’islam.

Comme le souligne la journaliste juive Noémie Halioua, l’antisémitisme qui fait trembler les Juifs de France à l’heure actuelle est celui de l’islamisme, de l’extrême gauche et de leurs alliés. L’antisémitisme folklorique d’une frange de la droite nationaliste, même s’il existe, ne suscite pas le même niveau de crainte au quotidien. 

L’affaire risque d’être difficile à éclaircir définitivement, et peu importe que les propos soient démentis, il en restera toujours quelque chose dans l’esprit d’une partie de l’électorat. La séquence Mediapart ressemble moins à une enquête journalistique qu’à une opération de campagne afin de jeter le doute sur le RN et de salir le parti favori des sondages à six mois de l’élection présidentielle. Craint-on sincèrement que les partis désignés « d’extrême droite » en 2026 arborent secrètement les mêmes desseins que les nazis du siècle dernier, ou instrumentalise-t-on l’antisémitisme quand il peut servir pour nuire à un parti nationaliste?

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