Mélanie Joly critique les retombées du F-35 et s’intéresse au chasseur suédois

Dès le début de son intervention devant les médias, Mélanie Joly a surpris par la franchise de son propos. Comme le rapporte Uday Rana de CTV News, la ministre de l’Industrie a affirmé que le Canada est désormais « intéressé » par l’avion de combat Gripen du constructeur suédois Saab, au moment même où Ottawa réévalue les retombées industrielles promises par Lockheed Martin autour du programme F-35. Joly explique qu’à son avis, le Canada « n’a pas obtenu assez » de retombées économiques de l’entente actuelle avec l’entreprise américaine, pourtant déjà engagée dans un processus d’acquisition avancé.

Uday Rana souligne que la ministre ne ferme aucune porte : « Nous regardons les deux options en même temps », rappelle-t-elle, en référence au F-35 et au Gripen. Elle insiste sur ce qu’elle juge être un manque de créations d’emplois et de bénéfices pour l’industrie canadienne dans le cadre du contrat actuel. Joly décrit cette situation comme insuffisante au regard des attentes légitimes des citoyens.

Selon les informations recueillies par Uday Rana, l’intérêt renouvelé pour l’appareil suédois s’explique en grande partie par l’offre spectaculaire de Saab : 10 000 emplois manufacturiers au Canada. La ministre, citée par Global News, qualifie cette proposition d’« extrêmement intéressante », tout en indiquant que des discussions sont bel et bien en cours entre Ottawa et le géant de la défense suédois.

Cette ouverture intervient à un moment diplomatique stratégique. Comme le rappelle Uday Rana, la famille royale suédoise est en visite officielle au Canada pour trois jours, accompagnée de ministres et de représentants d’entreprises de premier plan. Cette coïncidence politique et économique nourrit inévitablement les spéculations autour d’un rapprochement stratégique entre Ottawa et Stockholm.

En arrière-plan, Uday Rana rappelle un contexte militaire pressant. Le remplacement de la flotte vieillissante de CF-18 traîne depuis plus de vingt ans, alors que le Canada fait face à des engagements croissants : défense continentale via NORAD, opérations conjointes avec Washington, mais aussi obligations auprès des partenaires européens dans le cadre de l’OTAN. L’invasion de l’Ukraine par la Russie n’a fait qu’accélérer la pression sur le gouvernement canadien pour moderniser rapidement son aviation.

En 2022, Ottawa avait pourtant signalé son intention d’aller de l’avant avec le F-35, laissant croire que le dossier était clos. Uday Rana rappelle que Saab et Lockheed Martin s’étaient rendus jusqu’à la ronde finale du processus d’évaluation. Mais l’arrivée de nouveaux tarifs américains imposés par le président Donald Trump, ainsi qu’une révision lancée par le ministre de la Défense David McGuinty, ont rebattu les cartes. Comme le rapporte l’auteur, cette réouverture du dossier s’inscrit dans une volonté politique plus large : réduire la dépendance structurelle du Canada envers les États-Unis et resserrer ses liens militaires, industriels et diplomatiques avec l’Europe.

Un point central, relevé par Uday Rana, est le contrôle américain sur les mises à niveau technologiques du F-35. Toute exportation, modification ou amélioration doit être approuvée par le Congrès, ce qui limite la marge de manœuvre du Canada en tant qu’acheteur. Ce facteur rend l’offre suédoise encore plus attrayante, non seulement pour ses promesses industrielles, mais aussi pour une plus grande autonomie stratégique.

Uday Rana indique également que l’offre de Saab a été « non sollicitée » selon Mélanie Joly, signe d’une compétition qui s’intensifie. La ministre précise toutefois que la solidité de l’offre – notamment ces fameux 10 000 emplois – doit être vérifiée avant de tirer des conclusions définitives.

À travers tous ces éléments, le reportage d’Uday Rana montre un gouvernement canadien en pleine redéfinition de son approche militaire et industrielle, tiraillé entre les obligations de NORAD, les pressions économiques domestiques, l’évolution des relations diplomatiques avec les États-Unis et la recherche d’une autonomie stratégique accrue. La concurrence entre le Gripen et le F-35 apparaît ainsi comme un révélateur de choix politiques beaucoup plus vastes, qui dépassent largement la seule question de remplacer une flotte d’avions vieillissante.

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