Menacée par l’Iran, une militante musulmane canadienne redoute un « syndrome Salman Rushdie »

L’article de Chris Lambie, publié dans le National Post le 24 octobre 2025, retrace le cauchemar vécu par Raheel Raza, une journaliste et militante torontoise d’origine pakistanaise, aujourd’hui âgée de 75 ans. Connue pour ses positions critiques envers l’islamisme et la radicalisation religieuse, Raza affirme avoir été victime d’un piratage informatique orchestré par la République islamique d’Iran — une menace qu’elle compare au « syndrome Salman Rushdie ».

Les faits remontent à cet automne : des dissidents iraniens basés en Californie l’ont prévenue qu’elle figurait désormais sur la « liste de surveillance » des Gardiens de la révolution, le corps d’élite du régime iranien. Ces informateurs lui ont révélé que son adresse courriel avait été infiltrée par un groupe de hackers affiliés à Téhéran, connus sous le nom de Charming Kitten ou APT35. Ces pirates auraient produit un rapport détaillé sur ses activités militantes, incluant des courriels envoyés entre 2017 et 2021.

« Vous êtes sur le radar de l’Iran », lui ont écrit ses contacts. Raza, qui venait d’apprendre la mort violente de son ami journaliste Imtiaz Mir au Pakistan, a immédiatement ressenti un frisson de peur. Mir, lauréat du Ambassador of Peace Award pour son travail de dialogue interreligieux, avait été abattu par des extrémistes affiliés à un groupe proche du régime iranien.

« Le lendemain de son assassinat, des gens appelaient ma famille pour demander où je me trouvais », raconte-t-elle. « Est-ce une coïncidence ? Je ne le crois pas. »

Le National Post précise que ce piratage s’inscrit dans une stratégie bien connue du régime de Téhéran, qui utilise la surveillance numérique et la diffamation pour intimider ses opposants à l’étranger. Le professeur Thomas Juneau, de l’Université d’Ottawa, explique que « ces tactiques d’intimidation servent à semer la peur, à affaiblir moralement et à discréditer les militants et journalistes ».

Le rapport iranien sur Raza, rédigé en farsi et publié anonymement sur le compte KittenBusters, ne contient pas de menaces explicites. Mais pour la militante, la menace est implicite : « Ils exposent votre photo et vos idées pour encourager un fanatique à passer à l’acte. C’est le syndrome Salman Rushdie : on ne vous tue pas directement, mais on vous met une cible sur le dos. »

La comparaison n’est pas anodine. Salman Rushdie avait été victime d’une attaque au couteau en 2022, trente-trois ans après la fatwa prononcée contre lui par l’ayatollah Khomeini pour son roman Les Versets sataniques. Raza craint de devenir, à son tour, la cible d’un acte « d’héroïsme religieux » commis par un extrémiste isolé.

Malgré ces risques, la septuagénaire refuse de céder à la peur. Après avoir contacté la police de Toronto et renforcé la sécurité de ses comptes en ligne, elle continue de s’exprimer publiquement. Elle a notamment réaffirmé son engagement en faveur du dialogue interreligieux, de la réforme de l’islam et du droit d’Israël à exister. « Le plus ils essaient de m’intimider, le plus je suis déterminée à parler », confie-t-elle.

Installée au Canada depuis 1988, Raheel Raza incarne une voix singulière dans le paysage musulman nord-américain — celle d’une femme qui plaide pour la liberté de conscience et l’égalité des sexes au sein de sa foi, au prix d’un courage devenu, pour elle, une forme de survie.

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