Une coiffe autochtone et une paire de mocassins portées sur scène auront suffi à provoquer une nouvelle controverse sur l’« appropriation culturelle » au Canada. Deux participantes de Miss Universe Canada ont été dénoncées après avoir intégré des éléments associés aux cultures autochtones à leurs costumes, forçant finalement l’organisation à promettre de nouvelles règles pour ses prochains concours.
L’affaire a été rapportée dimanche par Ling Hui dans le Toronto Sun, à partir d’un reportage d’APTN News. Selon le quotidien torontois, la controverse a éclaté durant le segment consacré aux « costumes nationaux » de Miss Universe Canada, présenté la semaine dernière à Windsor, en Ontario.
L’une des participantes serait apparue avec une coiffe autochtone, tandis qu’une autre portait des mukluks, ces bottes traditionnellement associées aux peuples autochtones du Nord.
Le paradoxe tient notamment à la nature même de l’épreuve. Sur son site, Miss Universe Canada présente le segment des costumes comme une célébration de « la culture et du patrimoine canadiens », invitant chacune des participantes à présenter une tenue inspirée des traditions, des symboles et de l’histoire du Canada.
Le concours affirme par ailleurs vouloir célébrer la diversité et la représentation parmi les Canadiennes. Son site présente les candidates de 2026 comme provenant de milieux et de cultures variés et explique vouloir mettre en valeur leurs histoires respectives.
Une ancienne Miss Universe Canada intervient
Mais la représentation de symboles autochtones par des participantes qui ne les revendiquaient apparemment pas comme leur propre héritage a suscité l’opposition d’Ashley Callingbull, qui assistait au concours.
Callingbull, membre de la Première Nation crie d’Enoch, en Alberta, est devenue en 2024 la première femme autochtone couronnée Miss Universe Canada.
Selon APTN News, cité par le Toronto Sun, l’ancienne gagnante a communiqué immédiatement avec les organisateurs après avoir vu les costumes.
Callingbull a expliqué au média autochtone avoir eu l’impression de devoir à la fois « éduquer » les responsables et leur faire comprendre sévèrement pourquoi elle considérait la situation comme problématique.
Elle a également affirmé que l’incident l’avait profondément affectée.
L’intervention ne s’est toutefois pas arrêtée à une critique publique. Miss Universe Canada a finalement réagi à la controverse dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux.
L’organisation a présenté ses regrets si certains costumes avaient provoqué de la douleur, de l’offense ou un malentendu, tout en précisant que cela n’avait jamais été son intention.
Les organisateurs ont rappelé que le segment devait permettre de célébrer « la créativité, le patrimoine et l’identité », mais ont reconnu que la conception de tels costumes devait désormais faire l’objet d’une attention plus importante.
Miss Universe Canada a également remercié Callingbull pour ses conseils et annoncé la préparation d’un guide complet encadrant les costumes, qui devra établir des normes plus précises pour les prochaines éditions du concours.
Callingbull s’est félicitée de cette décision sur Facebook en déclarant sans équivoque que « l’appropriation culturelle » n’était « PAS acceptable », rapporte le Toronto Sun.
Selon elle, la controverse permettra désormais la mise en place de directives et de personnes-ressources pour conseiller les participantes. « Le changement ne se produit pas à moins de prendre la parole », a-t-elle ajouté.
Peut-on encore représenter une culture qui n’est pas la sienne?
L’épisode illustre une fois encore les difficultés que pose la notion de « représentation culturelle » dans certaines institutions canadiennes.
Dans le cas présent, l’ironie est particulièrement manifeste : les participantes étaient expressément invitées à représenter la culture, les traditions, les symboles et l’histoire du Canada, mais certaines composantes de ce patrimoine se retrouvent désormais, dans les faits, entourées de précautions particulières lorsqu’elles sont mises en scène par des personnes qui n’appartiennent pas au groupe ethnique auquel elles sont associées.
La controverse soulève donc une question qui dépasse largement le monde des concours de beauté : à partir de quel moment la célébration d’une culture devient-elle son « appropriation »?
Les opposants à ce genre d’utilisation font généralement une distinction entre l’appréciation d’un élément culturel et l’utilisation sans autorisation ou sans compréhension de symboles possédant une signification particulière, notamment religieuse ou cérémonielle. Par exemple le cas des coiffes autochtones.
Mais l’extension du concept d’appropriation culturelle à des vêtements, objets, styles artistiques ou pratiques plus largement diffusés provoque depuis des années un débat beaucoup plus vaste sur les limites de l’échange culturel et sur la possibilité même de représenter une culture différente de la sienne.
La controverse entourant Miss Universe Canada montre jusqu’où cette logique peut conduire : un concours voulant explicitement célébrer le patrimoine canadien devra désormais se munir d’un guide et de nouvelles règles pour déterminer quels éléments de ce patrimoine peuvent être représentés, par qui et dans quelles circonstances.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Miss Universe et les représentations de cultures autochtones se retrouvent au centre d’une controverse. Dès 2015, APTN News avait rapporté des critiques concernant le costume porté par la représentante canadienne au concours international.
Cette fois, l’intervention d’Ashley Callingbull aura produit un résultat concret avant même la fin de l’édition 2026 : l’organisation a accepté de revoir ses règles.
Le concours s’est terminé samedi au Chrysler Theatre de Windsor. Aslihan Morali, d’Ancaster, figurait parmi les candidates de l’édition 2026 et a remporté la couronne, selon le Toronto Sun. La nouvelle Miss Universe Canada représentera le pays au concours Miss Universe 2026, prévu le 26 novembre à Porto Rico. Le site officiel du concours présente Morali comme une Canadienne d’origine turque particulièrement engagée dans des activités humanitaires.



