Un autobus scolaire de l’entreprise québécoise Lion Électrique a pris feu mardi matin à l’angle de la rue Jean-Talon Ouest et de l’avenue Victoria, en plein cœur de Montréal. L’incendie spectaculaire, capté en vidéo et relayé par des centaines d’internautes, est rapidement devenu viral. Le bus, réduit en carcasse calcinée, est aujourd’hui le symbole d’un fiasco industriel que plusieurs observateurs dénoncent depuis longtemps : les investissements massifs dans une filière électrique dont la viabilité économique et sécuritaire reste loin d’être assurée.
L’incendie survenu à Côte-des-Neiges
Selon les informations rapportées par William Thériault dans La Presse, l’incendie s’est déclaré vers 7 h 50, alors que six enfants et leur chauffeur se trouvaient à bord. Heureusement, tous ont pu être évacués sans blessures, encadrés par deux policières. Le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), dépêché sur place en moins de quatre minutes, a réussi à empêcher que le feu atteigne les batteries, évitant ainsi ce que les pompiers appellent un « emballement thermique ».
« Les batteries n’étaient pas impliquées, donc ce n’est pas un feu de véhicule électrique », a tenu à préciser Martin Guilbault, chef de division au SIM. Reste que l’autobus est une perte totale et que les circonstances exactes de l’incendie demeurent inconnues. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) confirme de son côté qu’il n’y a aucun élément criminel en cause. Les assurances de la compagnie devront donc mener leur propre enquête.
Une image lourde de symboles
Le bus incendié portait l’emblème de Lion Électrique, fleuron supposé de la transition énergétique québécoise. Cette entreprise, largement soutenue par les gouvernements, a bénéficié d’investissements et de subventions massifs pour développer une flotte de véhicules scolaires électriques. Or, à chaque incident, les doutes refont surface : fiabilité, sécurité, durée de vie, et surtout gestion des incendies.
Ce n’est pas tant le nombre d’incendies qui inquiète que leur nature même. Les critiques rappellent souvent que les véhicules thermiques s’enflamment plus fréquemment que les électriques. Mais ce qu’ils omettent de dire, c’est que ces feux sont généralement plus limités et rapidement maîtrisables. Une voiture à essence brûle, certes, mais rarement avec l’intensité d’une bombe incendiaire capable de dégager des fumées hautement toxiques et d’entraîner des opérations de décontamination coûteuses. Ce sont précisément ces risques que les pompiers redoutent lorsqu’un incendie touche les batteries au lithium.
Assurances et coût caché de l’électrification
Cet incident relance le débat plus large sur les assurances et les coûts indirects de l’électrification des transports. Comme je l’écrivais déjà dans Québec Nouvelles en mai 2023, les primes d’assurance pour les véhicules électriques tendent à exploser, parfois doublant celles de véhicules thermiques comparables. Le courtier Louis Cyr expliquait alors que les rabais de 10 à 30 % mis de l’avant dans les publicités relevaient du « n’importe quoi » : en réalité, les risques supplémentaires font bondir les tarifs.
Les raisons sont multiples : réparations plus coûteuses et longues, pièces rares, risques accrus de perte totale en cas de bris de batterie, délais de remplacement s’étirant parfois sur plus d’un an. S’ajoute la question des incendies : lorsqu’ils surviennent, ils génèrent une contamination bien plus grave et coûteuse qu’un simple feu de moteur à essence. Enfin, les systèmes de conduite semi-autonome, l’accélération rapide et le profil encore très particulier des acheteurs d’électriques compliquent l’équation pour les assureurs.
Une bombe à retardement économique et sociale
Le cas du bus scolaire de Montréal illustre concrètement ce que plusieurs analystes dénoncent : la transition forcée vers l’électrique repose sur des bases fragiles, à la fois économiques et techniques. Les subventions publiques masquent provisoirement l’ampleur des coûts réels. Mais le jour où elles disparaîtront, c’est le consommateur qui assumera pleinement les primes d’assurance gonflées, les pertes totales impossibles à couvrir, et les conséquences d’incendies aux proportions spectaculaires.
L’incident de Jean-Talon et Victoria aurait pu tourner au drame. Par chance, il n’a fait aucune victime. Mais il laisse derrière lui une image désastreuse : celle d’un autobus scolaire réduit en brasier, rappelant que derrière le discours vertueux de la transition énergétique se cache une réalité plus inquiétante – celle de technologies encore instables, coûteuses et risquées, imposées à marche forcée par des gouvernements aveuglés par l’idéologie plus que par le pragmatisme.



