Le couperet est tombé. Québec a rompu définitivement avec Northvolt, confirmant l’échec complet de ce qui devait être la pierre angulaire de la filière batterie. Comme l’ont rapporté Le Devoir et La Presse, le gouvernement a mis fin au financement du projet de méga-usine en Montérégie et a lancé une procédure en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies pour récupérer ce qu’il peut.
En chiffres, la facture est lourde : 270 millions de dollars perdus dans la faillite de la maison mère suédoise, et 260 millions encore à récupérer pour l’achat du terrain de Saint-Basile-le-Grand. Les 352 mégawatts d’électricité réservés exclusivement à Northvolt sont libérés et pourront être attribués à d’autres projets. L’entreprise a licencié ses cinquante derniers employés québécois et a entamé la fermeture de sa filiale nord-américaine. Ce qui devait être « le projet du siècle » devient officiellement un fiasco industriel et politique.
Une débâcle au grand jour
Le récit de la dernière année explique comment la rupture est devenue inévitable. Après la faillite de la société mère en Suède en octobre 2024, Québec avait maintenu son pari, espérant une relance. Mais les retards s’accumulaient, les promesses de repreneurs se multipliaient sans plan crédible, et les relations entre Québec et l’entreprise s’étaient détériorées au point que les comptes de Northvolt Amérique du Nord furent gelés dès novembre 2024. L’arrivée de l’entreprise américaine Lyten, intéressée à reprendre les actifs, n’a rien changé : son projet nécessitait encore plus de fonds publics et s’écartait trop du modèle initial. Le gouvernement a refusé, mettant fin à l’aventure.
La ministre Christine Fréchette a reconnu publiquement que « cette aventure s’est avérée infructueuse », tandis que l’opposition a fustigé un « échec de François Legault ». Pour Pablo Rodriguez, le chef du PLQ, « mettre tous nos œufs dans le même panier était une erreur ». Ruba Ghazal, de Québec solidaire, a parlé d’un « fiasco signé CAQ ». Et le Parti québécois a accusé le gouvernement d’avoir tenté de cacher la décision derrière d’autres controverses, comme celle du système SAAQclic.
Un avertissement ignoré
Cet effondrement était pourtant prévisible. Dès l’annonce du projet à l’automne 2023, Québec Nouvelles soulignait le caractère spéculatif de l’investissement. Dans plusieurs analyses, nous avions insisté sur trois éléments structurants : la dépendance à la Chine pour les matériaux critiques, la fragilité de la demande réelle pour les véhicules électriques, et le gouffre énergétique que représentait l’attribution de 352 MW à une seule entreprise alors que les PME locales se voyaient refuser l’électricité pour se développer.
En octobre 2024, dans l’article « Northvolt va consommer autant d’électricité que la ville de Longueuil! » de Léo Dupire (Québec Fier), publié sur nos pages, nous démontrions qu’accorder une telle quantité à Northvolt revenait à hypothéquer l’avenir énergétique de régions entières pour un projet encore théorique. Quelques semaines plus tard, « Northvolt : un an à sonner l’alarme » rappelait l’accumulation des signaux ignorés : perte d’un contrat avec BMW, faillite en Europe, aveux du PDG Peter Carlsson lui-même. Rien n’a infléchi la ligne gouvernementale.
Une crise de gouvernance
La faillite de Northvolt au Québec ne relève pas seulement d’une mauvaise fortune économique. Elle met en lumière des choix politiques hasardeux et une gouvernance économique déficiente. Le gouvernement a accordé une priorité absolue à un projet étranger, en court-circuitant les processus habituels d’évaluation environnementale, en promettant des sommes colossales sans garde-fous suffisants, et en présentant le tout comme une victoire avant même que les travaux ne commencent.
L’enquête du Vérificateur général, désormais confirmée, devra répondre à une question centrale : comment un projet présenté comme « inévitable » et « historique » a-t-il pu sombrer si rapidement, sans que personne ne tire le frein à temps ?
Une leçon pour l’avenir
Northvolt ne laissera derrière lui ni usine, ni emplois durables, ni retombées technologiques. Seulement un terrain surévalué, des centaines de millions envolés, et une crédibilité économique ébranlée. Mais cet échec peut servir de leçon. Le Québec doit revoir ses priorités industrielles, cesser de miser sur des mirages électoraux et retrouver une approche fondée sur la transparence, la prudence et l’ancrage local.
Le « projet du siècle » n’aura donc pas dépassé la pelleteuse symbolique du premier ministre en 2023. Pour la population, il restera comme un rappel brutal : derrière les slogans de la transition énergétique, il y a des réalités budgétaires, énergétiques et industrielles que l’idéologie ne peut pas balayer.



