Notre-Dame-des-Victoires : l’élan de solidarité se poursuit avec un don du Port de Québec!

Il arrive que les villes se révèlent non pas dans les grands projets, mais dans les gestes discrets qui les ramènent à elles-mêmes. Depuis quelques semaines, Québec vacillait devant l’idée qu’elle ne pouvait même plus éclairer son plus précieux symbole historique : l’église Notre-Dame-des-Victoires, sentinelle de pierre dressée depuis 1688 sur la place Royale. Le choc avait été brutal. La Fabrique devait fermer l’église jusqu’en mai 2026, couper le chauffage, suspendre les messes de Noël et de Pâques, et même éteindre les lumières extérieures — ces mêmes lumières qui donnent à la place Royale son caractère enchanteur lorsque la neige commence à tomber.

Un premier geste avait rallumé l’espoir : un donateur anonyme offrant deux mille dollars pour réactiver l’éclairage extérieur, comme le rapportait François Pouliot pour Radio-Canada et Gabriel Béland pour La Presse. Un éclair dans la nuit. Mais voilà qu’une semaine plus tard, un nouveau geste de solidarité vient redessiner le paysage : un don de cinq mille dollars du Port de Québec, annoncé dans Le Soleil par Gaston Déry.

Un geste qui, cette fois, ne rallume pas seulement une lumière, mais ouvre peut-être la porte d’une résurrection.

Le Port de Québec au chevet d’un monument fondateur

Dans Le Soleil, Gaston Déry raconte comment la présidente-directrice générale du Port de Québec, Olga Farman, a été profondément touchée par la fermeture temporaire de l’église. Elle a rappelé que ce lieu « porte en lui une part de notre histoire collective », qu’il « veille depuis plus de trois siècles sur le berceau de l’Amérique française ». Mue par cet attachement, elle a convaincu le Port d’offrir cinq mille dollars pour soutenir la réouverture au printemps et, surtout, la tenue des célébrations de Pâques — celles-là mêmes qui avaient été annulées pour la première fois depuis des générations.

Mme Farman appelle désormais partenaires, commerçants et institutions du Vieux-Québec à se joindre à cet élan collectif. Et l’on constate déjà une vague de solidarité : plusieurs dons se seraient ajoutés depuis la médiatisation de la fermeture, selon ce que rapportait Gabriel Béland dans La Presse il y a une semaine.

Ces gestes successifs — d’abord un bon samaritain anonyme, maintenant une institution majeure de la ville — redonnent vie à une évidence que l’on avait peut-être oubliée : Notre-Dame-des-Victoires n’est pas qu’une église. C’est l’un des plus importants symboles historiques de la fondation de Québec et de la Nouvelle-France.

Et pourtant, si ce symbole a vacillé, ce n’est pas par accident. Il vacille pour les mêmes raisons que tant d’autres églises de Québec ont disparu, fermé, été vendues ou laissées à elles-mêmes.

La disparition des églises : Québec en perd des pans entiers depuis vingt ans

La fermeture temporaire de Notre-Dame-des-Victoires n’est pas un cas isolé. Il y a une fatigue structurelle, une érosion lente mais implacable du patrimoine religieux. Et Québec, l’une des villes les plus historiques du continent, en paie un prix particulièrement lourd.

Dans un autre article du Soleil, signé Félix Lajoie, on apprend que la conférence Sainte-Angèle-de-Saint-Malo de la Société Saint-Vincent de Paul, établie dans son église depuis 144 ans, est expulsée d’ici la fin décembre. L’église Sainte-Angèle-de-Saint-Malo doit être vendue, tout comme peut-être l’église Saint-Sauveur — encore un lieu menacé dans un quartier qui, comme le souligne le reportage, a déjà perdu trois églises en peu de temps.

Ce ne sont pas des cas isolés. Québec subit depuis vingt ans une véritable hécatombe patrimoniale. Dans le quartier Saint-Sauveur seulement, trois églises ont été démolies à l’intérieur d’une décennie : l’église Saint-Joseph, démolie en 2013 ; l’église Notre-Dame-de-Grâce, démolie en 2009 ; et l’église Notre-Dame-de-la-Pitié, disparue peu après 2011.

À Limoilou, l’église Saint-François-d’Assise a été démolie en 2021, remplacée par une tour à condos et un restaurant de poulet portugais ; l’église Saint-Charles-de-Limoilou demeure murée, fantôme de pierre au cœur d’un quartier en transformation.

Sur la Grande Allée, l’église Saint-Cœur-de-Marie, chef-d’œuvre byzantin et silhouette emblématique de Québec, a été rasée en 2019 après sa vente à un promoteur privé, au terme d’une saga qui a profondément marqué les milieux patrimoniaux.
Dans le quartier Saint-Sacrement, l’église du même nom est au centre de débats incessants : menacée de vente, fragilisée, suspendue à son avenir.

Et bien sûr, l’iconique église Saint-Jean-Baptiste, fermée en 2015 et désacralisée en 2023, immense coquille vide au cœur d’un des quartiers les plus historiques de Québec.

En somme, depuis les années 2000, la disparition des églises suit une courbe ascendante ; pour beaucoup d’experts, le mot n’est plus trop fort : il s’agit d’une hémorragie patrimoniale dont Notre-Dame-des-Victoires n’est que le dernier avertissement.

Québec perd des morceaux de mémoire. Et la collectivité semble souvent découvrir la disparition seulement quand les portes se ferment… trop tard.

Une ironie cruelle : après les fermetures, certains voudraient retirer les exemptions fiscales

Comme si la situation n’était pas déjà assez absurde, voici qu’un autre débat vient compliquer davantage la survie de nos églises. Un reportage de La Presse signé Félix Lachapelle révèle que les exemptions fiscales accordées aux bâtiments religieux coûtent environ 166 millions aux municipalités québécoises. À Montréal seulement, cela représente 73 millions — presque un tiers du déficit prévu pour 2026.

Or certains experts, certains groupes et même certains rapports gouvernementaux proposent désormais d’abolir ou de réduire ces exemptions. Comme si les églises du Québec étaient des multinationales florissantes. Comme si taxer une basilique, un presbytère ou une église paroissiale déjà incapable de payer son chauffage pouvait soudain enrichir le patrimoine municipal…

Le professeur Michel Dahan, cité par La Presse, rappelle pourtant que ces exemptions servaient à reconnaître le rôle social des lieux de culte. Mais pour d’autres, comme le juriste Guillaume Rousseau, ces privilèges doivent être repensés, réévalués ou remplacés par des exemptions non religieuses.

Pendant ce temps, la réalité demeure brutale : nous ne sommes même plus capables d’éclairer Notre-Dame-des-Victoires, berceau de notre histoire.

Alors imaginer imposer des taxes foncières à des édifices centenaires de pierre, souvent en pleine décrépitude, relève de l’irréel.

C’est comme si Paris renonçait à éclairer Notre-Dame. Comme si Istanbul laissait Hagia Sophia dans la pénombre. Comme si Venise abandonnait San Marco à elle-même.

Aucune civilisation n’a jamais prospéré en laissant mourir ses symboles.

Une lumière fragile mais réelle : ce que révèlent ces dons successifs

Ce qui se joue aujourd’hui à Notre-Dame-des-Victoires n’est pas qu’une histoire de dollars. C’est une démonstration que la société civile — citoyens, institutions, et même un Port — est parfois plus consciente de la valeur d’un lieu que la machine publique.

Le don du Port de Québec, rapporté dans Le Soleil par Gaston Déry, s’inscrit dans une tradition historique : depuis la Nouvelle-France, le Port a soutenu la ville non seulement par l’économie, mais par un esprit de communauté. Cette fois, il soutient une église. Demain, ce pourrait être un autre lieu fondateur. L’appel lancé par Olga Farman invite d’ailleurs à une coalition plus large : commerçants, institutions, organismes, citoyens.

La lumière est revenue sur la place Royale — mais l’histoire n’est pas terminée. La bataille pour la survie des églises de Québec commence à peine. Et ce n’est pas seulement une bataille de pierres : c’est une bataille pour la mémoire.

Si le Québec décide que ses églises ne méritent plus ni argent, ni aide, ni statut spécial, il devra aussi accepter de perdre ce qu’elles incarnaient : son histoire, son architecture, son âme urbaine, son enracinement.

Il y a parfois, dans l’histoire des villes, des moments où il faut choisir ce qui compte.

Grâce à un donateur anonyme, puis au Port de Québec, Notre-Dame-des-Victoires a retrouvé sa lumière.
La question est désormais simple : est-ce que le reste de la ville suivra ?

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