« Nous cherchons des fournisseurs fiables, pas des partenaires qui changent d’avis pour des raisons politiques » : l’Inde prudente quant à la coopération énergétique avec le Canada

Le haut-commissaire de l’Inde au Canada, Dinesh Kumar Patnaik, estime que le Canada n’est « pas encore » un fournisseur d’énergie fiable. Dans une entrevue exclusive accordée à CTV Question Period et reprise par Spencer Van Dyk le 19 octobre 2025, le diplomate indien explique que son pays souhaite renforcer les liens économiques avec Ottawa, mais sans que les tensions politiques ne viennent « contaminer » la coopération énergétique et commerciale.

« Nous cherchons des fournisseurs fiables, pas des partenaires qui un jour acceptent de nous livrer et, le lendemain, changent d’avis pour des raisons politiques », a-t-il déclaré. Interrogé sur la possibilité que l’Inde se tourne vers le Canada pour compenser une réduction de ses importations de pétrole russe — à la demande de Washington —, Patnaik a répondu sans détour : « Pas encore. »

Cette remarque intervient alors que les relations indo-canadiennes amorcent un lent réchauffement, après plusieurs années de crise diplomatique. En 2023, l’ancien premier ministre Justin Trudeau avait affirmé qu’il existait des « allégations crédibles » liant des agents indiens à l’assassinat du militant sikh Hardeep Singh Nijjar en Colombie-Britannique. L’année suivante, la GRC avait élargi ces accusations, soutenant que des diplomates indiens étaient impliqués dans des crimes graves contre des Canadiens d’origine sud-asiatique.

L’escalade qui s’ensuivit — expulsions réciproques de diplomates, gel des négociations commerciales — avait plongé les deux pays dans l’une de leurs plus profondes crises bilatérales. L’Inde avait rejeté en bloc ces accusations, les jugeant « absurdes et motivées politiquement ».

Le dégel est venu cet été, lorsque le premier ministre Mark Carney a invité Narendra Modi au sommet du G7 à Kananaskis, en Alberta. La ministre des Affaires étrangères Anita Anand a depuis multiplié les gestes d’ouverture, notamment en rencontrant Modi en Inde cette semaine. Les deux gouvernements ont alors publié une déclaration conjointe prônant un « renforcement des échanges commerciaux et énergétiques ».

Anand a affirmé que ses discussions ont mis en avant l’intérêt grandissant de l’Inde pour l’énergie canadienne. « Notre premier ministre a répété à plusieurs reprises que le Canada s’affirme comme une superpuissance énergétique », a-t-elle déclaré. De son côté, le ministre de l’Énergie Tim Hodgson, en déplacement au Royaume-Uni, a assuré que « le monde cherche à augmenter son accès à l’énergie canadienne », présentant le pays comme un fournisseur « très fiable ».

Patnaik nuance cependant ce portrait. Il souhaite que les liens économiques soient « isolés des facteurs extérieurs » — une allusion directe aux différends politiques et aux enquêtes policières canadiennes passées — et se dit prêt à reprendre les négociations sur un accord de libre-échange, « dès que le Canada sera prêt à le faire ».

« Ce sont les Canadiens qui ont mis le processus en pause, rappelle-t-il. Nous serons heureux de le relancer dès qu’ils le voudront. »

Pour le haut-commissaire, la confiance reste à reconstruire après les « accusations absurdes » du passé, mais la volonté de rapprochement est réelle. L’Inde, puissance émergente à la recherche de stabilité énergétique, considère le Canada comme un partenaire potentiel de long terme — à condition qu’il prouve sa fiabilité.

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