Le paysage politique français est paralysé par des divisions idéologiques à l’Assemblée nationale. Le gouvernement Bayrou tente de gouverner sans majorité, mais c’est peine perdue. Les classes populaires ont en marre de leur difficulté financière malgré le fait qu’ils travaillent fort. Il y a le mouvement Bloquons tout qui va peut-être rassembler le peuple dans son combat contre le gouvernement Bayrou. Il y a aura une grande manifestation le 10 septembre prochain.
Québec Nouvelles s’est entretenu avec Ghislain Benhessa, essayiste et observateur de la politique française.
Entretien
Simon Leduc : Un nouveau mouvement populaire, Bloquons tout, est apparu en France. Ce dernier s’oppose aux mesures fiscales du gouvernement Bayrou. Il va organiser une grande manifestation le 10 septembre prochain. Comment définissez-vous cette organisation citoyenne?
Ghislain Benhessa : «sa priorité est de bloquer la France lors de la rentrée. Bloquons tout appelle à un barrage spontané du pays. Pour l’instant, c’est difficile de déterminer l’idéologie politique de ce mouvement. Cela ressemble à la spontanéité de l’organisation des Gilets jaunes. C’est un cri de ralliement qui semble dépasser le clivage gauche droite. C’est un appel au ras-le-bol et de dépasser les divisions habituelles. Cela va représenter un problème pour le gouvernement le mois prochain. Ce dernier est déjà affaibli par son statut minoritaire et son incapacité de rallier la gauche et la droite à ses politiques budgétaires.»
Est-ce que cette organisation politique représente une révolte des citoyens français contre les élites politiques?
Ghislain Benhessa : «Je pense que le mouvement prend de l’ampleur parce que le paysage politique français est bloqué. Depuis la dissolution de 2024, la France n’a pas de gouvernement stable. Le premier ministre François Bayrou est là pour gagner du temps. C’est un leader faible à la tête d’un régime qui n’a pas de majorité à l’Assemblée nationale. Le premier test de ce dernier sera le dépôt du budget cet automne. Il y a des mesures que le gouvernement a mises en place, comme la suppression de deux jours fériés, qui sont rejetées par les blocs de gauche et de droite. Certains partis d’opposition ont déjà dit qu’ils vont censurer ce gouvernement en septembre. La politique française est paralysée. Chez le peuple français, il y a une envie de débloquer la scène politique française qui est prisonnière des divisions au sein de l’Assemblée nationale.
Le climat politique français est explosif en ce moment. On peut observer une atmosphère pré insurrectionnelle en France. Je me demande si ce mouvement sera un feu de pailles ou s’il pourra mobiliser les Français comme les Gilets jaunes. Seul le temps nous le dira. Cependant, c’est une véritable bombe à retardement potentielle pour le gouvernement Bayrou et le président Macron lors de la rentrée politique de septembre.»
Comment la classe politique française a réagi face à l’apparition de Bloquons tout?
Ghislain Benhessa : «Tout d’abord, le bloc central macroniste est extrêmement hostile à cette organisation citoyenne. Le gouvernement Bayrou craint des débordements causés par ce mouvement pour l’automne. Les centristes français sont déjà affaiblis par leur situation minoritaire. Elle a peur qu’un tel mouvement fasse dérailler encore plus les débats politiques qui auront lieu sur le budget.
D’autre part, le Rassemblement national et la France insoumise sont plutôt favorables à Bloquons tout, car cela va affaiblir encore davantage le gouvernement Bayrou.
C’est difficile de positionner cette organisation citoyenne sur le plan idéologique. Ce sera peut-être un groupe proche des Insoumis ou du RN. On devra attendre la grande manifestation du 10 septembre prochain pour savoir la saveur idéologique de Bloquons tout.»
Ce nouveau mouvement représente-t-il les classes populaires françaises qui se sentent délaissées par les élites politiques de leurs pays?
Ghislain Benhessa : «Les gens ordinaires des banlieues et des zones rurales sont très mécontents face à la classe politique du pays. Ces derniers travaillent très fort pour subvenir aux besoins de leurs familles. Or, la classe ouvrière n’est plus capable de vivre décemment à cause de la hausse du coût de la vie et d’un fardeau fiscal lourd. Donc, cette France des gens ordinaires a manifesté son mécontentement par l’entremise du mouvement «C’est Nicolas qui paie». C’est un groupe citoyen qui est composé d’ouvriers qui travaillent fort. Malgré cela, ils ont quand même de la misère à payer leurs factures. Les travailleurs de la classe ouvrière s’opposent et dénoncent le président Macron et le gouvernement. Ils ont l’impression que le bloc macroniste n’a pas de sympathie pour leur situation financière Ces travailleurs vont probablement rejoindre le mouvement Bloquons tout.
Celui-ci, comme les Gilets jaunes, pourrait canaliser la colère et le ras-le-bol des classes populaires envers une élite politique qui est déconnectée des préoccupations du Français moyen.
Pour conclure, il y a la France de Jean-Luc Mélenchon qui vit sous la dépendance de l’État français. Elle profite de l’aide financière provenant du gouvernement. D’un autre côté, il y a les classes populaires qui travaillent fort. Ces derniers n’arrivent pas à se sortir de la pauvreté. Ils sont victimes de la crise de l’inflation et d’un fardeau fiscal étouffant. Ces deux mouvements sont différents sur le plan sociologique, mais partagent les mêmes problèmes financiers. Ces deux France sont en colère contre le gouvernement français et ils pourront l’exprimer haut et fort lors de la manifestation du 10 septembre.»



