Ottawa appelé à trancher sur le statut terroriste du Bishnoi gang

Une enquête met en lumière les appels pressants de politiciens et de responsables locaux pour que le gang Bishnoi, lié à l’Inde, soit classé comme organisation terroriste. La question prend de l’ampleur à Ottawa alors que les conservateurs promettent de faire pression sur le gouvernement dès la rentrée parlementaire.

Le gang tire son nom de Lawrence Bishnoi, emprisonné en Inde depuis près de dix ans, mais toujours actif grâce à un réseau transnational. Selon les services antiterroristes indiens, il dirigerait ses activités criminelles depuis sa cellule, s’appuyant sur des relais au Canada et en Thaïlande. Sa réputation s’est bâtie sur des menaces de mort envers des célébrités et responsables politiques, et il est accusé d’avoir orchestré le meurtre du rappeur punjabi Sidhu Moose Wala en 2022.

Au Canada, son nom est apparu dans des affaires d’extorsion visant des membres de la communauté sud-asiatique en Colombie-Britannique, en Ontario et en Alberta. Le groupe a surtout fait irruption dans l’actualité à l’automne dernier, lorsque la GRC l’a publiquement accusé d’avoir commis des crimes violents contre des militants sikhs favorables à l’indépendance du Khalistan. Selon la police fédérale, ces actions auraient été facilitées par des diplomates indiens transmettant des renseignements aux réseaux de Bishnoi.

New Delhi a aussitôt nié, arguant que l’Inde avait déjà alerté le Canada sur la dangerosité du gang et demandé l’expulsion de ses membres. Des experts en sécurité rappellent néanmoins que Bishnoi a longtemps été soupçonné de servir d’outil officieux pour certaines opérations de répression transnationale, avant que l’affaire ne devienne trop visible.

Face à ces révélations, plusieurs responsables politiques canadiens se sont prononcés pour une désignation formelle comme entité terroriste. Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, la mairesse de Surrey, Brenda Locke, et la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, ont publiquement pris position. À Ottawa, Pierre Poilievre estime qu’une telle mesure aiderait la police à « fermer un réseau international d’extorsion ».

Du côté du gouvernement fédéral, le ministère de la Sécurité publique souligne que la décision repose sur des critères précis, un processus basé sur des preuves et du renseignement. Pour l’instant, Ottawa se garde de dire si le Bishnoi gang est en cours d’examen.

Les spécialistes en sécurité nationale tempèrent toutefois les attentes. Ils jugent que l’inscription d’un groupe sur la liste terroriste a surtout une valeur politique et symbolique. L’efficacité réelle, disent-ils, repose avant tout sur le renseignement et des moyens policiers adaptés aux menaces transnationales, un domaine où la GRC peine encore à se moderniser.

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