Ottawa finance le jardinage inclusif plutôt que les banques alimentaires

L’article publié par Jamie Sarkonak dans le National Post le 21 août 2025 critique en profondeur l’orientation du gouvernement libéral concernant le programme fédéral Local Food Infrastructure Fund (LFIF). Sarkonak explique que ce fonds, initialement conçu en 2019 pour améliorer la sécurité alimentaire des « populations à risque », a aujourd’hui glissé vers une logique identitaire, ne finançant désormais que des projets au service des « groupes en quête d’équité » ou « equity-deserving groups ».

L’auteur rappelle qu’à sa création, le fonds de 50 millions de dollars se concentrait sur les besoins concrets de populations vulnérables, mesurés par des données de sécurité alimentaire. Les bénéficiaires comprenaient alors de grandes organisations caritatives comme Banques alimentaires Canada, le Club des petits déjeuners et l’Armée du Salut. L’approche reposait sur des indicateurs objectifs liés à la pauvreté et à l’insécurité alimentaire.

Or, pour la nouvelle phase couvrant 2025 à 2027, dotée de 63 millions de dollars, les critères ont changé. Désormais, les subventions allant de 25 000 à 500 000 dollars sont explicitement réservées à des projets dirigés ou destinés à des communautés définies selon l’identité : Autochtones, personnes noires, minorités visibles, 2SLGBTQI+, femmes, jeunes et personnes en situation de handicap. Comme l’écrit Sarkonak, il ne s’agit plus de cibler des « populations à risque », mais des groupes « méritant l’équité » — une évolution sémantique qui reflète la nouvelle politique fédérale en matière de diversité, équité et inclusion (DEI).

Le ministère de l’Agriculture justifie ce virage en affirmant que ces catégories recoupent les mêmes publics qu’auparavant : familles à faible revenu, sans-abri, communautés rurales ou nordiques, réfugiés, aînés et minorités linguistiques. Pourtant, Sarkonak souligne que les documents officiels du programme ne retiennent qu’une liste fermée d’identités — excluant ainsi certaines réalités sociales comme la pauvreté rurale de populations blanches, ou encore la situation de banques alimentaires locales qui ne cadrent pas avec ces catégories.

Cette logique, selon Sarkonak, mène à des paradoxes. Ainsi, un jardin communautaire situé dans un quartier aisé mais à forte population non blanche de Toronto pourrait obtenir du financement, alors qu’un congélateur destiné à une banque alimentaire d’une petite ville atlantique pauvre n’entrerait pas dans les critères. L’auteur juge que la priorité accordée aux « hobbies de jardinage » identitaires ne répond pas réellement à la sécurité alimentaire, comparée à l’apport de chaînes d’épicerie ou à des programmes de grande envergure.

En conclusion, Sarkonak estime que ce programme illustre une tendance plus large du gouvernement fédéral : au lieu de garantir la non-discrimination et de répondre à des besoins sociaux réels, Ottawa met en place des politiques qui discriminent positivement en redistribuant les ressources selon des critères identitaires. Même dans un domaine aussi essentiel que l’alimentation, observe-t-il, la logique DEI finit par primer sur la lutte contre la pauvreté.

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