Après des années de saturation autour des enjeux dits «intersectionnels» ciblant des groupes spécifiques comme les femmes ou les minorités culturelles, le gouvernement fédéral franchit aujourd’hui une étape peu commune : l’élaboration d’une stratégie nationale sur la santé des hommes et des garçons. Cette initiative, rapportée par Nick Murray pour La Presse canadienne et publiée le 22 février 2026, marque la première reconnaissance formelle par Ottawa d’un chantier politique consacré explicitement à la santé masculine.
Une consultation nationale dès mars
Selon Nick Murray, de La Presse canadienne, le gouvernement fédéral lancera au début du mois de mars un sondage en ligne pancanadien, qui se poursuivra jusqu’au début de juin. Cette consultation publique vise à recueillir les commentaires des Canadiens afin d’orienter la future stratégie.
La ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel, travaille sur ce dossier depuis plusieurs mois. Comme l’avait déjà rapporté le média, la stratégie sur la santé des hommes et des garçons doit être dévoilée plus tard cette année.
Dans un communiqué accompagnant l’annonce du sondage, la ministre Michel a déclaré :
« Pour bâtir un Canada fort, nous avons besoin de la pleine participation de tous les membres de notre société. Aidez-nous à élaborer une stratégie qui améliore la santé, prévient les préjudices et renforce nos communautés — pour les hommes, les garçons et pour tout le monde au Canada. »
Cette déclaration marque la première confirmation officielle du gouvernement quant à l’élaboration d’une telle stratégie nationale.
Le rôle déterminant de Movember et de l’UBC
L’impulsion derrière cette démarche ne vient pas uniquement d’Ottawa. L’été dernier, le groupe de défense Movember, en collaboration avec des chercheurs de la University of British Columbia, a publié un rapport exhortant le gouvernement fédéral à adopter une stratégie spécifique à la santé masculine.
Selon les données citées dans la Presse canadienne, 75 000 hommes canadiens sont décédés prématurément en 2023, et un grand nombre de ces décès seraient attribuables à des causes évitables.
Le rapport révèle également :
- Une majorité d’hommes retardent la consultation médicale lorsqu’ils présentent des symptômes.
- Moins de la moitié des répondants ont affirmé s’être sentis réellement écoutés lors de leur premier contact avec le système de santé.
Ces constats soulignent une dimension culturelle et comportementale importante : au-delà des maladies elles-mêmes, il existerait un déficit d’engagement ou de confiance dans le système de soins chez une part significative de la population masculine.
Santé Canada a d’ailleurs confirmé, selon le reportage, travailler en collaboration avec Movember Canada à l’élaboration de cette future stratégie.
Un enjeu économique autant que sanitaire
Le communiqué de Santé Canada cité par The Canadian Press avance également un argument budgétaire. En se fondant sur les recherches de Movember, Ottawa estime que l’amélioration des résultats en santé des hommes permettrait d’économiser environ 12,4 millions de dollars par année pour les contribuables, sans compter « des milliards supplémentaires en gains de productivité ».
L’argument économique est central : la santé masculine ne serait pas uniquement une question individuelle ou sociale, mais aussi un levier structurel pour la performance globale du pays.
Un Canada parmi un club restreint
Si la stratégie voit effectivement le jour, le Canada rejoindrait un groupe très limité de pays disposant déjà d’une politique nationale spécifique en santé masculine, notamment : l’Afrique du Sud, la Malaisie, le Brésil et le Royaume-Uni
Le cas britannique
Le rapport britannique cité dans l’article souligne plusieurs constats préoccupants :
- Les hommes britanniques vivent moins longtemps que les femmes.
- Ils sont plus susceptibles de recevoir un diagnostic de cancer, de maladie cardiovasculaire ou de diabète de type 2.
- En 2024, trois suicides sur quatre au Royaume-Uni concernaient des hommes.
Le rapport britannique insiste toutefois sur un principe fondamental :
« La bonne santé n’est pas un jeu à somme nulle, et améliorer la santé et le bien-être des hommes et des femmes constitue des objectifs complémentaires. »
Autrement dit, investir dans la santé masculine ne se fait pas au détriment d’autres priorités — il s’agit d’un élargissement de l’approche, non d’un déplacement.
Un changement de paradigme discret mais significatif
Jusqu’à présent, la santé publique canadienne s’est structurée autour d’approches ciblant exclusivement les groupes considérés comme «historiquement désavantagés», et toute mention des problèmes masculins a été accueillie avec le soupçon de couver des tendances masculinistes. L’idée d’une stratégie spécifiquement axée sur les hommes représente donc une inflexion potentiellement salutaire.
La consultation nationale qui débutera en mars constituera la première occasion pour les Canadiens d’influencer la forme que prendra cette stratégie. Les résultats pourraient contribuer à redéfinir la manière dont le système de santé aborde : la prévention, la santé mentale, les comportements à risque et l’accès aux soins chez les hommes et les garçons.
Si Ottawa mène le projet à terme, le Canada pourrait devenir l’un des rares pays occidentaux à institutionnaliser une politique publique structurée en matière de santé masculine — un chantier qui, selon les données présentées par Movember et relayées par The Canadian Press, touche autant à la longévité qu’à la vitalité économique du pays.



