David Pugliese rapporte dans le Ottawa Citizen que le gouvernement américain a explicitement averti le Canada qu’il pourrait faire face à des « conséquences négatives » s’il décidait de se retirer de son engagement d’achat des 88 avions de chasse F-35 de fabrication américaine. Alors que la révision de l’acquisition doit être finalisée d’ici le 22 septembre, la tension monte entre Ottawa et Washington.
Un examen lancé par le gouvernement Carney
Le ministre de la Défense, David McGuinty, a confirmé que la révision complète de l’achat serait rendue publique avant la fin de l’été, soit au plus tard entre le 20 et le 22 septembre. Cette révision avait été ordonnée par le premier ministre Mark Carney, dans un contexte de relations bilatérales tendues avec l’administration Trump. Comme le rappelle Pugliese, le président américain a multiplié les gestes hostiles envers Ottawa, allant jusqu’à menacer directement la souveraineté canadienne et à militer pour une intégration quasi forcée du pays comme « 51e État ».
Malgré ce climat de méfiance, l’armée canadienne a maintenu sa préférence pour les F-35. Reuters avait déjà révélé le 7 août que la haute hiérarchie militaire recommandait de confirmer l’achat, un choix logique puisque les Forces canadiennes avaient initialement sélectionné cet appareil et entretiennent des liens étroits avec leurs homologues américains.
Les avertissements américains
Selon les informations relayées par David Pugliese, Washington a fait savoir que l’abandon du programme F-35 ne resterait pas sans conséquences. L’ambassadeur des États-Unis à Ottawa, Pete Hoekstra, a insisté à plusieurs reprises sur l’importance du dossier. Le 21 mai, dans une entrevue à CTV, il a même affirmé qu’une décision canadienne défavorable pourrait fragiliser l’alliance NORAD : « Si les Canadiens volent avec un appareil et nous avec un autre, ce n’est plus interchangeable », a-t-il déclaré, laissant entendre que la compatibilité des deux armées serait compromise.
Hoekstra s’est aussi montré inquiet d’un scénario où le Canada achèterait les F-35 tout en se dotant d’un second type d’appareil, possiblement le Gripen suédois. Dans une entrevue avec la podcasteuse Jasmin Lane diffusée en août, il a averti qu’« on ne peut pas se permettre deux programmes d’avions de combat » et que le Canada devait choisir clairement entre l’option américaine et une alternative étrangère. Il a aussi reconnu que la révision en cours constituait « un irritant » dans les discussions commerciales bilatérales.
Le dilemme canadien : entre dépendance et alternatives
Certains experts et partisans du Gripen estiment que le Canada, avec l’augmentation prévue de son budget militaire sous Mark Carney, pourrait maintenir deux flottes d’avions. Ils soulignent que le Gripen est mieux adapté aux conditions arctiques et aux pistes rudimentaires du Grand Nord.
Mais le Ottawa Citizen rappelle qu’un rapport récent du U.S. Government Accountability Office (GAO), publié le 3 septembre, a soulevé de nouvelles inquiétudes sur la fiabilité du programme F-35. Le modèle Block 4, précisément celui que le Canada souhaite acquérir, accuse désormais cinq ans de retard et dépasse son budget de six milliards de dollars. « Après près de vingt ans de production, le programme F-35 continue de promettre plus qu’il ne livre », conclut le GAO.
Le ministère de la Défense nationale, par la voix de son porte-parole Alex Tétreault, a affirmé par courriel qu’il continuait de suivre la situation de près.
Des voix critiques au Canada
Si la direction actuelle des Forces canadiennes continue de défendre le choix du F-35, certaines voix dissidentes se font entendre. L’ancien chef de l’Aviation royale canadienne, le lieutenant-général Yvan Blondin, qui avait lui-même recommandé à l’époque l’achat de l’appareil américain, considère aujourd’hui que la situation a changé. Selon lui, le climat d’instabilité politique et le caractère imprévisible de l’administration américaine rendent cet achat risqué et appellent à envisager d’autres options.
En toile de fond, comme le note Pugliese, l’achat des F-35 renforcerait l’intégration du Canada dans le système militaire américain. Les logiciels de l’avion sont entièrement contrôlés par les États-Unis, et même les pièces détachées destinées à être stockées au Canada demeurent propriété américaine. Autrement dit, cet achat irait de pair avec une dépendance structurelle accrue.
Dans tous les cas, c’est un dossier complexe où se croisent considérations militaires, souveraineté nationale et relations diplomatiques. Le gouvernement Carney devra trancher d’ici quelques jours. S’il persiste dans l’achat des F-35, le Canada renforcera ses liens militaires avec Washington mais s’exposera à la dépendance technologique. S’il choisit de se retirer ou d’opter pour une double flotte, il pourrait ouvrir une crise diplomatique avec les États-Unis à un moment où les tensions économiques et politiques sont déjà vives.



